Difficultés scolaires, les calculs de Darcos : J’enlève 2 heures, j’ôte 3000 postes RASED et je divise par trois l’échec scolaire...
Publication : Janvier 2009
Modification : Novembre 2009

... mais pour les élèves en difficulté, cette aide est du ressort des enseignants spécialisés formés ...

De 1968 à 2008 les écoliers ont perdu 6 heures hebdomadaires, ce qui équivaut pratiquement sur la durée de la scolarité primaire à une année scolaire. Conclusion, avec en plus l’alourdissement dû à la mise en place des « nouveaux-anciens programmes », « la tendance sera à l’intensif, avec quelques heures de soutien placées au plus mauvais moments de la journée. »
Nous « formaterons » donc les élèves à travailler plus pour gagner plus d’échec scolaire. Et à l’occasion, tout à fait fortuitement, nous supprimerons ainsi 3000 postes en 2009 !

Pour continuer dans la logique comptable, en passant de 918h à 840h annuelles, les écoliers français vont se rapprocher de la moyenne européenne. « Mais une chose est sûre, ce n’est pas parce que certains de nos voisins européens obtiennent de meilleurs résultats avec un temps d’enseignement moins élevé qu’une réduction de ce temps permette d’améliorer la qualité de notre école primaire » dit un chercheur.
Un autre élément devrait intervenir dans le débat — le jour où il aura lieu ! — c’est le nombre de jours de classe. Selon l’OCCE, la plupart des pays européens travaillent au moins 5 jours par semaine. Et la France, avec seulement 140 jours par an, impose aux élèves un rythme quotidien beaucoup plus lourd : les petits finlandais par exemple travaillent 188 jours.
Ne parlons pas du temps passé en évaluations ni de celles qui s’ajoutent justement cette année. Les petits français sont paraît-il plus stressés que les autres petits européens. Nous disions donc… : travailler plus...

Historique de la pédagogie de soutien
La réflexion sur l’aide n’est pas nouvelle :

  • 1977 : première circulaire sur la pédagogie de soutien à l’école primaire ;
  • 1989 : avec la création des cycles « le maître utilisera les erreurs positivement pour mettre en place une aide personnalisée et efficace », définie dans le projet d’école ;
  • 1990 : création des RASED (en remplacement des GAPP) qui sont chargés des élèves pour lesquels les autres formes d’aide sont insuffisantes et inadaptées ;
  • 1994 : les deux heures d’études dirigées dans l’emploi du temps hebdomadaire doivent « contribuer à apporter à chaque élève l’aide personnalisée dont il a besoin » ;
  • 1998 : les aides ordinaires se formalisent, sur la base des évaluations CE2, sous forme du PPAP ;
  • 2005 : nouvelle étape avec la création par la loi de 2005 des PPRE ;
  • 2008 : rupture. Création des 60 heures d’aide personnalisée des élèves « rencontrant des difficultés d’apprentissage » hors temps scolaire, imposée en substitution des aides spécialisées des RASED.

Un dispositif chasse l’autre ou vient s’ajouter aux autres créés antérieurement sans qu’un bilan honnête soit réalisé. Résultat : un sentiment d’empilement, de précipitation, domine chez les enseignants…
Quelle cohérence entre tous ces dispositifs dits d’aide, de soutien ou d’accompagnement mis en place ces dernières années ?

Le lancement à cette rentrée de l’accompagnement éducatif dans les écoles de ZEP montre combien la précipitation est de mise. (Déjà des maires sont tentés de supprimer leurs crédits « étude surveillée » avec l’arrivée de l’accompagnement éducatif.)

Rythme scolaire et rythme biologique
Pour les enfants aussi la journée peut devenir une journée sans fin ( journée scolaire + aide personnalisée + accompagnement éducatif)
Qu’ils se situent le matin (16%), à midi (45%) ou le soir (48%), les cours de soutien se déroulent dans la période de la journée correspondant à une baisse de vigilance et où il vaut mieux proposer des activités plus ludiques.( seulement 4 % le mercredi)
D’autre part la semaine de 4 jours n’est pas favorable car il y a rupture de synchronisation entre la rythmicité propre de l’élève et les rythmes de son environnement qui engendre une baisse de performances : les experts conseillent donc de ne pas généraliser la semaine de 4 jours.
Sans doute, l’aide personnalisée pourrait être efficace pour des élèves en difficulté légère ou passagère, pour consolider les acquisitions de ceux qui en ont besoin y compris sur le temps de classe. Mais pour les élèves en difficulté, cette aide est du ressort des enseignants spécialisés formés pour cela, qu’il s’agisse des maîtres E, G ou des autres enseignants spécialisés des services de soins ou des établissements.
« Certaines difficultés d’apprentissage ne peuvent se dénouer que dans un cadre qui permet d’avoir un regard décalé par rapport aux exigences du programme », explique Serge Boimare, directeur du CMPP Claude Bernard à Paris.
Observation valable aussi pour la prise en compte, dans le cadre de la loi handicap, de besoins spécifiques face auxquels les enseignants non spécialisés peuvent se retrouver nettement démunis.
Comment enseigner par exemple à un élève sourd profond ou aveugle sans l’aide d’un spécialiste ?

De meilleures solutions existent :

  • effectifs RASED suffisant (ces dernières années des coupes sombres ont été faites dans les RASED, technique habituelle utilisée pour faire dysfonctionner un service public avant de le supprimer ensuite en raison de ce dysfonctionnement.)
  • maîtres surnuméraires dans les écoles.

Conclusion :
Reste pour cette aide personnalisée une formidable inégalité entre les départements et les écoles selon la répartition des 60h, le choix des élèves pris en charge et une surcharge de travail pour TOUS pour un résultat quasi nul ! 

Marie Hélène Loiseau