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Réforme de la formation : Le point à la rentrée 2009


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Mis en ligne ou actualisé le : jeudi 10 septembre 2009

Document FSU

La formation et le recrutement des enseignants, un choix de société

La formation des enseignants et leur recrutement sont l’un des leviers essentiels pour transformer l’école en profondeur. C’est ce qu’a bien compris le gouvernement qui entend mener tambour battant une réforme largement contestée. La FSU, première fédération syndicale de l’éducation, qui s’est toujours engagée dans une démarche pour la transformation du métier d’enseignant dénonce, avec ses syndicats, les projets gouvernementaux actuels dont elle demande l’abandon et porte des propositions ambitieuses :

  • La formation des enseignants doit être améliorée : pour mieux répondre à l’objectif d’une vraie démocratisation de l’éducation, la priorité doit être donnée aux enfants et aux jeunes qui ont des difficultés à entrer dans les apprentissages. C’est là la vraie difficulté et un pari politique à relever.
  • L’amélioration de la formation passe par une élévation du niveau de qualification qui doit fournir les outils nécessaires aux futurs enseignants, pour faire accéder tous les élèves à une véritable culture commune et non à un socle commun inégalitaire et réducteur.
  • La formation des enseignants est un dossier complexe qui doit être pensé tout au long des cursus universitaires et professionnels, tout en prenant en compte les particularités propres à chaque degré d’enseignement et aux différents métiers. La conception de la formation a des incidences fortes sur les métiers et la conception du système éducatif. Elle doit déboucher sur une revalorisation de l’ensemble des membres de l’équipe éducative.

A l’inverse, le gouvernement a abordé cette question avec une logique de réduction des coûts et de dénaturation de nos métiers : d’une part il a voulu utiliser cette réforme pour supprimer plus de 10 000 emplois de stagiaires dès 2010 et d’autre part il a cherché à ramener la formation des enseignants à un simple compagnonnage en faisant disparaître le potentiel et l’expérience des IUFM, lieu de la formation professionnelle de tous les enseignants.

Une démarche en cohérence avec celle des prétendues réformes qui, après la loi Fillon, s’attaquent à tous les terrains du système éducatif. Aujourd’hui ce projet a été partiellement mis en échec : le gouvernement a dû concéder des reculs sur un nombre de points limité, notamment l’année 2010. Mais nous ne pouvons nous en satisfaire, la lutte et le débat doivent continuer.

CE QUE DEMANDE LA FSU

  • Un recrutement au même niveau pour tous, afin d’éviter le décrochage 1er degré / second degré /PLP.
  • L’élévation du niveau de qualification des enseignants et CPE doit être l’occasion d’intégrer des éléments préprofessionnalisants dans le cursus universitaire dès la licence. Cette « formation préprofessionnalisante » doit notamment comporter des stages (observation, pratiques accompagnées, mises en responsabilité progressive selon les cas).
  • Des prérecrutements, pour rendre attractives les voies qui mènent aux métiers de l’enseignement et de l’éducation, et pour assurer la diversité sociale dans nos professions. Cependant, les concours doivent rester ouverts à tous (et pas seulement aux prérecrutés). Les étudiants doivent pouvoir faire des choix tardifs et opérer des reconversions.
  • Un développement de la recherche en éducation.
  • Un développement de la formation de formateurs.
  • Un cadrage national des masters et de la formation. Les nouveaux masters doivent permettre la poursuite d’études ou une réorientation universitaire ou professionnelle.
  • Une année de formation post-concours (année de fonctionnaire-stagiaire) pleine et entière en alternance, ce qui suppose un service d’enseignement réduit de 2/3.
  • Des décharges pour les « tuteurs » dans les établissements et les maîtres-formateurs du premier degré.
  • Le maintien et la rénovation des IUFM qui doivent piloter et coordonner la formation des enseignants au niveau d’une académie, ce qui suppose des partenariats et des coopérations entre universités.
  • Le maintien du potentiel de formation et en particulier des équipes pluri-catégorielles de formateurs, le maintien des sites de formation.
  • Le développement de la formation continue.

Des débats nécessaires

Certaines questions font encore débat au sein de la FSU comme dans la communauté universitaire.
L’histoire des degrés d’enseignements, de la construction des corps d’enseignants, des pratiques actuelles de formation, pèsent sur l’appréhension des situations à envisager. La difficulté est double : il faut à la fois construire un projet alternatif et cohérent et lutter contre la « réforme » proposée par le gouvernement.
Sauf à être guidé par la baisse des coûts ou à en rabattre sur les exigences de la formation et du métier, les réponses pour améliorer la formation des enseignants demandent à être travaillées, réfléchies. Pour cette raison, la FSU revendique une véritable remise à plat du projet.

La place du concours
Le gouvernement place le concours en M2, Les mandats des syndicats de la FSU sont différents sur ce point. La question n’est pas simple à régler, elle ne peut être traitée indépendamment de l’articulation de la formation universitaire en amont et de la formation professionnelle en aval, ce qui pose la question du modèle (progressif, successif, simultané) et doit prendre en compte :

  • les contenus de concours
  • l’existence ou non de prérecrutements
  • le flux des étudiants

Quels masters ?
Il faut inventer des types de master nouveaux qui intègrent les problématiques liées aux métiers de l’enseignement et de l’éducation. Il y a débat sur la nature du préprofessionnel avant le concours, sachant que l’ancrage disciplinaire ou pluridisciplinaire doit être adapté à chaque degré d’enseignement. La préprofessionnalisation suppose des stages. Sachant que les concours seront ouverts à tous les titulaires d’un master, quels types de stages doivent être envisagés avant le concours ? Quels liens avec la recherche ? Il faut dans tous les cas des garanties d’encadrement que nous n’avons pas pour le moment.
Cependant, la préprofessionnalisation ne peut se réduire à des stages et ne doit pas enfermer les étudiants dans une filière professionnelle unique.

Comment articuler au mieux concours et master ?
La FSU refuse d’opposer concours et master : il faut à la fois des concours exigeants et des masters qui permettent des poursuites d’études. Quelles propositions concrètes ? Il faut un cadrage national pour les masters face aux risques d’éclatement des formations et de concurrence entre universités, sous quelle forme ?

Les viviers de candidats
Actuellement, il y a une forte sélection à l’entrée de l’IUFM, notamment en PE1, alors qu’il n’y a pas de sélection à l’entrée du M1 pour un étudiant qui s’inscrit dans un M1 correspondant au champ disciplinaire de sa licence. Cette sélection régule en partie le flux des étudiants. Comment éviter d’avoir un trop grand nombre de « mastérisés éducation » qui devront s’orienter vers d’autres métiers que l’enseignement ?
Inversement comment faire avec les candidats « libres » et les salariés en reconversion ? Comment assurer partout un nombre suffisant de candidats et permettre la diversité sociale de ceux-ci ? Sachant qu’il faut de la formation professionnelle avec des stages dans le master – ce qui entraînera des capacités d’accueil - les aides aux étudiants doivent-elles être conditionnées par le suivi de modules de préprofessionnalisation ?

La préprofessionnalisation dès la licence
Elle doit être ancrée sur les disciplines sans engager dans la seule voie de l’enseignement. Quelles passerelles mettre en place à tous les niveaux du cursus ? Comment permettre à de nombreux étudiants qui se destinent au métier d’enseignant de s’engager dans cette voie dès la licence, tout en permettant à d’autres de faire des choix tardifs et à d’autres encore de se reconvertir ? La précipitation avec laquelle le gouvernement met en place cette réforme empêche une réflexion de fond et des propositions alternatives qui sortiraient du cadre fixé !

L’évolution du rôle des IUFM
Quelles perspectives pour les IUFM dans un paysage bouleversé ? Comment éviter l’éparpillement de toutes les formations et des différents degrés d’enseignement ? Dans le cadre de l’autonomie des universités, comment contrecarrer au maximum les situations de concurrence qui sont meurtrières pour le service public. La FSU ne souhaite pas le statu quo, mais il est hors de question de liquider la structure IUFM sous prétexte qu’elle doit évoluer.
Il y a un enjeu déterminant pour la recherche en éducation, recherche indispensable si l’on veut être en capacité de faire évoluer les pratiques professionnelles et lutter contre l’échec scolaire. C’est aussi déterminant pour l’avenir de la formation continue, qui doit elle aussi avoir un ancrage universitaire.

État des lieux plus complet en pièce jointe :