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Grippe A : « Il s’agit moins d’éviter des problèmes sanitaires qu’une panne économique du pays » (Le Monde)


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Mis en ligne ou actualisé le : jeudi 22 octobre 2009

En juin, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) élevait son niveau d’alerte à la pandémie de grippe de la phase 5 à la phase 6, entraînant une certaine fébrilité politico-médiatique à travers le monde. Quatre mois plus tard, faut-il toujours craindre la grippe H1N1 ?

Bruno Toussaint : Au printemps, il y a eu une forte inquiétude sur l’éventuelle épidémie, voire la pandémie de grippe H1N1. C’était légitime. Il est parfaitement normal que les autorités sanitaires se préoccupent de l’hypothèse d’une situation grave, cela fait partie de leur métier. Manifestement, on voit aujourd’hui que cette grippe n’a pas de gravité particulière. Elle est au niveau des épidémies de grippe saisonnière, peut-être un peu plus intense que la moyenne, mais rien d’extraordinaire.

Le problème est le temps qu’il faut à ces instances pour adapter leurs messages et leurs préconisations à la réalité de la situation. Il y a sur ce point manifestement un décalage. Nous l’avions déjà observé il y a quelques années avec la grippe aviaire. Cela contribue a créer de la défiance vis-à-vis de ces recommandations de l’OMS ou d’autres autorités.

Y a-t-il eu un emballement politico-médiatique ?

Bruno Toussaint : Oui c’est clair ! Encore une fois il est normal que les autorités travaillent sur des hypothèses et préviennent des situations potentiellement graves. Mais une fois que l’on constate que c’est une épidémie sans gravité particulière, pourquoi maintenir des mesures très exceptionnelles ? Il y a là un décalage qui n’est pas compréhensible.

On peut concevoir que si un tiers du pays est alité avec de la fièvre, cela désorganisera sérieusement la société. Si les autorités avaient exprimé plus clairement qu’il s’agissait moins d’éviter des problèmes sanitaires qu’une panne économique du pays, la perception de cette grippe eut été différente. Il faut rappeler que la grippe, c’est un arrêt de travail de quelques jours et puis c’est tout.

Cette grippe n’est donc pas si grave...

Bruno Toussaint : Il y a deux critères pour mesurer la gravité d’une épidémie. En premier lieu le nombre de personne touchées et ensuite le risque d’atteinte grave pour ces personnes. La gravité clinique, c’est la probabilité, une fois qu’on a attrapé le virus, d’avoir des conséquences graves voire de mourir.

Nous avons maintenant plusieurs mois de recul, dans plusieurs pays. Pour la plupart des personnes atteintes, la gravité est celle d’une grippe saisonnière ou un peu plus intense. Il demeure un doute pour les femmes enceintes, en particulier si elles ont déjà eu un problème de santé au préalable.
En ce qui concerne le nombre de personnes touchées, on constate dans les pays qui ont déjà essuyé le pic épidémique que cette grippe est assez forte. En ce qui concerne la France il est possible que beaucoup de personnes soient touchées, comme lors d’une grippe saisonnière. Mais lors d’une grippe saisonnière, il n’y a pas pareil déploiement de force.

Faut-il se faire vacciner ?

Bruno Toussaint : Il est établi que pour la grippe saisonnière, la vaccination des soignants diminue l’incidence de la grippe dans les populations à risque et les collectivités. Une vaccination pour cette catégorie de personnes ainsi que pour des personnes à risque est souhaitable.

Propos recueillis par Eric Nunès
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