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Formation des enseignants : Le cauchemar de Jules Ferry (par André Ouzoulias)


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Mis en ligne ou actualisé le : mercredi 31 mars 2010

Après avoir déterminé un « cahier des charges des masters » dans les disciplines d’enseignement, après avoir redéfini les épreuves des concours, le ministère de l’éducation nationale a fait connaitre le 25 février, par une « note de cadrage » adressée aux recteurs et inspecteurs d’académie, de quelle manière il entend organiser durant l’année 2010-2011 la formation des nouveaux fonctionnaires stagiaires, lauréats des concours de juin prochain [1].

Tout récemment, un projet d’arrêté définissant le « cahier des charges de la formation » vient de confirmer l’ensemble de ses choix pour les années suivantes.
Le ministère a mis ainsi la dernière touche à son tableau de la réforme de la formation des enseignants.
Reconnaissons d’abord que la note du 25 février atténue les défauts les plus ahurissants du dispositif envisagé initialement. On nous annonçait que les stagiaires devraient prendre en responsabilité la classe à plein temps dès le début de l’année, sans autre aménagement, et que, lors des périodes de formation, au printemps 2011, ils seraient remplacés par des étudiants de deuxième année de master (M2). En quelque sorte, le débutant était mis en situation normale d’enseignement sans autre préparation et remplacé à différents moments par plus inexpérimentés que lui !
En fait, d’après cette note, il sera dans une situation de double commande durant un temps conséquent (septembre et octobre dans le primaire). Et, s’il doit s’absenter de la classe pour des moments de formation, « dans toute la mesure du possible » (sic), l’administration évitera son remplacement par un étudiant néophyte : elle recourra à « des contractuels ou des étudiants de master 2 ayant déjà effectué des stages et des remplacements ».

Malgré ces concessions faites aux parents d’élèves de la FCPE et aux syndicats d’enseignants, tout particulièrement au SNUIPP-FSU [2], il reste qu’après la période de pratique accompagnée, qui aurait pu être une excellente entrée en matière dans une formation en alternance, le stagiaire PE devra, jusqu’en juin, un service complet qui sera utilisé pour des remplacements de congés longs. Il les fera dans des classes diverses dont, le plus souvent, il n’aura pas eu l’expérience en début d’année.

Son tuteur ne sera plus à ses côtés et sera moins disponible pour le conseiller car lui-même aura sa classe à plein temps. Il le rencontrera « en priorité hors du temps de service ». De novembre à juin, le dispositif initial demeure donc. Seuls les deux premiers mois méritent le qualificatif de « stage ».

Cette formation en alternance devait être améliorée. La plupart des acteurs considéraient qu’elle demandait notamment à être prolongée d’une année pour se rapprocher de la formation des ingénieurs ou des écoles de soins infirmiers (les infirmiers-ières sont formés en alternance en trois ans).

Au lieu de cela, elle est rayée d’un trait de plume : pour le primaire, la présence d’un tuteur auprès du stagiaire pendant 20 % du temps du « stage » en début d’année, et appelée formation « continue » ou « continuée », est utilisée par le ministère pour justifier la suppression quasi totale de la formation en dehors de la classe.
En effet, le temps consacré à ces formations, de 60 % du service aujourd’hui, sera réduit à presque rien dès l’an prochain.
De plus, d’après le projet de « cahier des charges » du 16 mars, ces formations « pourront être organisées sur le temps de service ».
Traduisons : elles seront le plus souvent organisées en dehors du service, probablement le mercredi pour les PE, en plus de leur semaine de 27 h ; elles seront fragilisées.
Pour le second degré, c’est un retour pur et simple aux Centres pédagogiques régionaux (CPR) d’avant 1991 où les débutants participaient à quelques regroupements animés par les Inspecteurs pédagogiques régionaux (IPR) et souvent centrés sur l’approfondissement de contenus disciplinaires.
Mais pour le premier degré, on ne revient pas aux Écoles normales de cette époque. Surtout pas…
Le MEN reprend plutôt le modèle de l’accompagnement des néo-recrutés sur liste complémentaire, affectés d’emblée sur un poste à plein temps.
Simultanément, les inspecteurs (IEN pour le premier degré et IPR pour le second degré) voient leur rôle renforcé. Comme ils auront à choisir les tuteurs, à piloter le dispositif et qu’ils seront très présents dans la validation de l’année de stage (un arrêté ministériel sur ce point est en préparation), ce sont eux qui donneront sa coloration à la formation des débutants. [...]

André OUZOULIAS, formateur,
IUFM de Versailles, Département PEPSSE, Université de Cergy-Pontoise

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[1] www.univ-paris-diderot.fr/Documents...

[2] Cf. la lettre de Luc Chatel à Gilles Moindrot, le 22 janvier : www.snuipp.fr/IMG/pdf/Courrier_mini...