Accueil du siteINSPE et Début de CarrièreRéforme de la formation : master, vous avez dit master ?
« Une réforme parfaitement cohérente » 
(par Ch. Laval)


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Mis en ligne ou actualisé le : vendredi 23 avril 2010

Cette réforme de la formation se présente comme un désastre unanimement dénoncé par tous ceux qui connaissent le dossier.
Et derrière l’apparence du grand « n’importe quoi », le gouvernement et la droite néolibérale avancent avec une grande cohérence.

La première raison de cette réforme est bien connue  : elle est budgétaire. Il s’agit d’économiser des milliers de postes. Le député UMP Dominique Le Mèner estime le « gain » à environ 6 000 postes à plein-temps.

Cela correspond au vœu de Nicolas Sarkozy dans sa lettre aux éducateurs de 2007  : « Dans l’école que j’appelle de mes vœux, les enseignants seront moins nombreux. » Le président tient parole sur ce point. Mais n’oublions pas la stratégie, bien formulée par le député UMP Benoist Apparu en mai 2009  : « Seule la baisse des moyens obligera l’institution à bouger. »

Car derrière la volonté d’économies, il y a d’autres raisons plus profondes. Et notamment celle de transformer l’école en une entreprise gérée comme une autre.
Cette tendance est lourde, massive, générale. Et les réformes multiples, successives, fragmentées sont comme les pièces d’un puzzle que l’analyse peut reconstituer. Comment ne pas voir, en effet, que l’affaiblissement programmé de la qualité professionnelle des enseignants est en lien étroit avec la nouvelle gestion des personnels axée sur la mobilité et la précarité  ?
Comment ne pas voir que la suppression des IUFM a les plus grands rapports avec l’autonomie des universités et la mise en marché de toutes les formations  ?
Comment ne pas voir que cette mise en cause de la formation des maîtres est le corrélat de la mise en place de tous les outils managériaux de contrôle des enseignants  ?

Ce mode de contrôle par le management de la performance et par la pression concurrentielle est le principe qui donne aux réformes, du primaire jusqu’à l’université leur cohérence.
Le choix néolibéral, c’est la gouvernance managériale plutôt que la formation humaine. D’où l’effort de constitution d’une hiérarchie intermédiaire disposée à faire fonctionner la nouvelle entreprise.
D’où également l’envahissement de l’école par des technologies qui prétendent faire passer l’enseignement d’un artisanat méprisable à une hypermodernité admirable. Un néo-taylorisme qui, en attaquant le « cœur du métier », risque fort de détruire ce qui rend encore possible l’enseignement.

Christian Laval