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La grève se durcit, Sarkozy aussi


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Mis en ligne ou actualisé le : vendredi 22 octobre 2010

Alors que le gouvernement pousse le Sénat à accélérer le vote de la réforme des retraites, le Président a encore affirmé hier qu’il ne changerait pas une ligne du texte.
En finir, et vite, quitte à passer en force.

Pendant que lycéens et étudiants manifestaient hier après-midi, le gouvernement a demandé au Sénat un « vote unique » sur une partie des articles additionnels du projet de loi de réforme des retraites.
Objectif de la manœuvre, mettre fin aux débats dès aujourd’hui, et ainsi tenter d’affaiblir le mouvement social, alors que les vacances de la Toussaint débutent ce week-end et voient s’éloigner tout risque de blocage des lycées.
Un pari cependant loin d’être gagné : les syndicats ont appelé hier à deux nouvelles journées de mobilisation les 28 octobre et 6 novembre.

« Otage ». Mais le gouvernement n’a pas d’autre choix que de croiser les doigts : il n’a pas de stratégie de rechange. Hier matin, en déplacement en Eure-et-Loir, Nicolas Sarkozy a affirmé une fois de plus qu’il ne toucherait pas une ligne de sa réforme.
Au cours d’une table ronde avec des élus locaux, il s’est présenté comme un président courageux, qui dit « la vérité », fait « les réformes dont on a besoin » et « ne laissera pas aux jeunes la dette accumulée » de sa génération.
Seule - maigre - concession à destination des syndicats, le gouvernement a approuvé dans la nuit de mercredi à jeudi le vote d’un amendement proposé par les sénateurs centristes et prévoyant le principe d’une réflexion sur « une réforme systémique » des retraites à l’horizon 2013.
Un amendement qui a satisfait la CFDT, mais ne la dissuade pas de poursuivre le mouvement.

Immobile sur le fond, Sarkozy s’est fait plus dur sur la forme. Après des propos plutôt mesurés tenus en début de semaine, il a lancé, à propos des blocages de dépôts de carburant : « On n’a pas le droit de prendre en otage des gens qui n’y sont pour rien. »
Tout en prévenant : « En prenant en otage l’économie, les entreprises et la vie quotidienne des Français, on va détruire des emplois.
L’entreprise qui n’aura plus de fioul, qui n’aura plus de bitume alors qu’elle travaille dans les travaux publics, qui ne pourra plus avoir ses livraisons, elle va fermer. Et c’est encore une fois les petits qui vont trinquer pour les autres ! »
Les scènes de caillassage de voitures et d’Abribus à Lyon lui ont même permis de ressortir ses traditionnelles menaces sécuritaires : « J’ai vu les images de Lyon hier, c’est scandaleux.
C’est pas les casseurs qui auront le dernier mot dans une démocratie, dans une République », a-t-il lancé sous les applaudissements d’un public acquis à sa cause. Le chef de l’Etat ne s’est cependant pas laissé aller à un amalgame facile avec le reste du mouvement. « Ils n’ont rien à voir avec ceux qui protestent de bonne foi », a-t-il précisé.

Dans le même temps, ordre était donné au gouvernement de terminer au plus vite la discussion au Sénat grâce au « vote unique ».
Cette procédure permet, selon l’article 44 de la Constitution, de demander à « l’Assemblée saisie » de se prononcer « par un seul vote » sur un texte « ne retenant que les amendements proposés ou acceptés par le gouvernement ». La manœuvre était attendue.
Depuis plusieurs jours, l’Elysée demandait de plus en plus fort aux sénateurs de se dépêcher. D’abord à mot couvert, puis publiquement mercredi, par l’intermédiaire d’une interview de Claude Guéant à Valeurs actuelles (Libération d’hier).
Le secrétaire général de l’Elysée y dénonçait les « manœuvres dilatoires » de l’opposition. Hier, c’est Eric Woerth qui a justifié le recours à l’article 44. « Il y a plus de cent vingt heures de discussion », les « échanges ont été nourris, l’expression a été pleine, libre » et « il n’est pas justifié de rajouter cinquante heures de débat », a expliqué le ministre du Travail.

« Mépris ». Un message reçu favorablement par les parlementaires de la majorité.
En réunion de groupe, le matin, Gérard Longuet, le patron des sénateurs UMP, avait argumenté qu’il serait « irresponsable de prolonger indéfiniment ce débat dans la situation actuelle du pays ».
Même le président du Sénat, Gérard Larcher, qui avait promis au début de l’examen du texte que le débat irait « jusqu’au bout », a fait savoir qu’il « comprenait la décision du gouvernement » pour éviter la « paralysie du calendrier législatif ».

Sans surprise, l’opposition a immédiatement protesté.
« Le Sénat est bafoué », a lancé le président du groupe socialiste, Jean-Pierre Bel, tandis que Martine Aubry dénonçait « un mépris du Sénat et de la démocratie » et un « coup de force permanent » de la part du Président. Mais la majorité n’en a cure.
Grâce au vote, elle prépare déjà ses arguments pour contester les futures journées d’action : « Est-ce que les Français vont considérer qu’après le vote d’une loi par le Parlement la légitimité du mouvement est la même ? » s’est faussement interrogé hier soir Georges Tron, secrétaire d’Etat chargé de la Fonction publique.

NICOLAS CORI
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