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Réforme des retraites : et l’emploi des séniors ?


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Mis en ligne ou actualisé le : mercredi 3 novembre 2010

S’il fallait chercher un indice (un de plus ...) du caractère bâclé de la réforme qui se propose, en reculant l’âge permettant de pouvoir liquider une pension de retraite, d’allonger dans le temps la durée des carrières, l’on irait le trouver dans un oubli aussi révélateur que fâcheux : celui de proposer, en marge de la réforme des retraites, une réforme relative à l’aménagement des conditions de travail et de déroulement des cursus professionnels au-delà de 45 ans.

Quarante-cinq ans, l’âge où l’on devient « sénior » ; cinquante-huit ans et six mois, l’âge où l’on devient « vieux » !
Le domaine des ressources humaines raffole des sigles et statistiques.
Ainsi, en matière d’âge, le/la salarié(e) qui franchit le cap des 45 ans est habituellement répertorié(e) dans la catégorie dite des « séniors », gagnant ainsi les sommets de la pyramide des âges.
Que penser de ce terme ? Est-il négativement péjoratif ?

Selon une enquête récente de la DARES (au sein du ministère du Travail : direction de l’animation, de la recherche et des statistiques), publiée le 3 septembre 2010 et interrogeant les employeurs sur les salariés âgés du secteur privé, un salarié devient « âgé » à partir de 58,5 ans selon l’opinion patronale actuelle.
Actuelle ? Oui, car elle a évolué. En 2001, les réponses données indiquaient l’âge de ... 55 ans.
Mais peu importe, officiellement, cela n’a aucune importance dans la mesure où, parmi les employeurs prévoyant dans les cinq ans à venir une hausse de la proportion du nombre de salariés de 50 ans et plus dans leur établissement, la grande majorité estime que cette évolution aura des effets positifs en termes d’expérience du personnel, de mémoire d’entreprise, de transmission des savoir-faire ou de complémentarité des équipes.

De la sorte, tout porte à croire que l’on aime les seniors dans les entreprises, d’autant plus que celles-ci ne semblent guère avoir le choix puisque, depuis l’entrée dans la décennie 2000, les salariés de 50 ans et plus représentent une part croissante des effectifs : un quart de l’emploi total en 2008, contre 20,5% en 2000.
Cette évolution résulte de l’arrivée à ces âges des générations du baby-boom et de l’impact des mesures de politique publique visant au maintien en emploi des salariés âgés dont la diminution drastique (en forme de suppression) des pré-retraites ainsi que les réformes des retraites, celle de 2003, celle en cours...

Derrière des discours rassurants, des chiffres qui le sont moins...
Officiellement, donc, tout va bien avec les séniors. Officieusement, pourtant, il en va autrement.
Pour s’en persuader, il convient de retenir d’abord, au sein de l’enquête précitée, les données relatives à l’embauche des séniors.
Que constate-t-on ? En 2007, seuls 18% des établissements -dont les dirigeants sont interrogés- ont recruté au moins un senior, tandis que 81%, dédits établissements, ont recruté au moins un salarié.

L’écart est considérable et démontre que les séniors, en recherche d’emploi, demeurent à la porte des entreprises, ce, pour au moins trois raisons ressortant des réponses patronales données aux enquêteurs de la DARES :

  • le problème des coûts salariaux directs et indirects (payer plus cher même si l’on paie des compétences découlant d’une expérience riche, craindre d’avoir à payer des absences-maladie plus fréquentes et/ou plus longues que chez les salariés plus jeunes), 

  • la crainte d’une productivité moindre que celle des plus jeunes,
  • la crainte d’un blocage des progressions de carrière des salariés plus jeunes, la place étant occupée par un sénior.

Ce qui est vrai pour l’embauche, l’est également pour l’évolution des salaires, de la formation et du maintien dans l’emploi, si l’on en croit notamment les sondages réalisés auprès des séniors eux-mêmes (exemple : baromètre du magazine et du site « Notre temps »).

Les réponses données convergent pour indiquer que les séniors sont généralement les défavorisés :

  • en matière de salaire : 41% des moins de 50 ans ont perçu une augmentation individuelle depuis trois ans, contre 34% des 50/54 ans et 31% des 55/60 ans ;
  • en matière de formation : l’âge apparaît comme un facteur discriminant puisque l’accès à la formation se réduit de 47% de formés une ou plusieurs fois depuis trois ans pour le groupe des 50/54 ans, à 32% pour les 55/60 ans et 27% au-delà.
  • en matière d’emploi : quand un cinquième des ruptures conventionnelles de travail - accord amiable de départ avec homologation administrative - concerne un sénior, souvent incité à s’en aller par ce biais, 40 % des effectifs licenciés par voie de PSE (nouveau nom du plan social) sont des plus de 50 ans selon l’opinion que Vincent Perrin, directeur du management des carrières au cabinet Right Management, confiait au site du journal La Croix en février 2010.

« URSSAF/Sheriff fait moi peur ! » ou la loi n° 2008-1330 du 17/12/2008
La loi semble interdire aux entreprises de trop faire le ménage dans leurs effectifs de séniors.
Ainsi, et à défaut d’avoir conclu un accord d’entreprise sur l’emploi des séniors (embauche, formation, maintien dans l’emploi, aménagement du temps de travail, etc.) ou d’avoir élaboré un plan d’action en ce sens ou encore d’être couvertes par un accord de branche dans ce domaine, les entreprises doivent, normalement, payer depuis le 1er Janvier 2010 une contribution à l’URSSAF de 1% de leur masse salariale.

Or, la sanction porte uniquement sur le défaut d’initiative (ne pas signer ou ne pas mettre en place) et non pas sur le strict respect des engagements, lequel, en pratique, est renvoyé au seul contrôle des syndicats signataires et/ou aux comités d’entreprise qui ne peuvent que ... saisir la justice dans l’espoir d’obtenir, au terme d’une procédure souvent longue, une condamnation de l’employeur défaillant.
Bref ... aucun dispositif légal, à ce jour, n’apporte de réelle contrainte au maintien dans l’emploi des séniors, alors que, paradoxalement, on les contraint, eux, à travailler plus longtemps.

Quand Borloo rêve d’un « plan emploi » pour les séniors
Au JT de 20 heures de France 2 du 23 octobre, Jean-Louis Borloo a estimé que le gouvernement devait se rapprocher des partenaires sociaux pour négocier sur l’emploi des séniors. Mais après ?

Sans texte de loi impératif restreignant drastiquement les possibilités de faire partir les séniors imposant, la mise en place de conditions spécifiques, de formation, de travail, de salaire, de fin de carrière et d’aménagement des rythmes de vie au travail pour cette catégorie donnée de la population active, les incantations des uns et les réforme des autres sur les retraites demeureront ce qu’elles sont : une escroquerie au lieu d’être une solution valable permettant d’organiser efficacement et sereinement l’inéluctable vieillissement de la population active au travail.

Jean-Louis Denier
http://www.marianne2.fr/Reforme-des...