Accueil du siteSociétéLes Retraites en questionArchives 2010
Retraites : Guillaume Sarkozy ; encore un échec !


Article visité 3523 fois Imprimer  Enregistrer au format PDF  
Mis en ligne ou actualisé le : mardi 21 décembre 2010

C’est un nouveau revers pour Guillaume Sarkozy, le délégué général du groupe de prévoyance Malakoff Médéric, qui est aussi l’un des frères du chef de l’Etat.
Il avait en effet l’ambition de créer en commun avec la Caisse nationale de prévoyance (CNP) une grande société spécialisée dans la retraite complémentaire. Cependant, mal ficelé, le projet a été bloqué par la Banque de France.
Et pour finir, la CNP a décidé d’enterrer le projet. Mais, allez savoir pourquoi, l’intéressé semble perpétuellement protégé par sa bonne étoile...

Des échecs professionnels, Guilaume Sarkozy n’a de fait cessé d’en connaître mais, comme si une bonne fée veillait à sa destinée, il a toujours rebondi.
Après le naufrage de l’entreprise textile qu’il présidait, il a formé en 2005 un ticket avec l’ancien ministre des finances, Francis Mer, dans l’espoir que ce dernier préside aux destinées du Medef.
Les deux hommes ont été écartés par leurs pairs. Ce qui n’a pas empêché Guillaume Sarkozy, dès 2006, de devenir le patron de Malakoff Médéric, l’un de ces groupes issus du monde du paritarisme, mais qui a muté à vive allure pour se transformer en un ovni financier hyper-puissant.

Et c’est ainsi que Guillaume Sarkozy s’est pris à avoir de nouveaux rêves de grandeur, en passant un accord avec la CNP, pour créer une société commune à 50/50.
Mediapart a chroniqué les premiers balbutiements de ce projet [1] en même temps que les dangers qu’il faisait peser sur le système français de la protection sociale solidaire [2].

Cette alliance avec la CNP, une entreprise contrôlée indirectement par l’Etat, tous les grands du secteur en rêvent. Par un heureux concours de circonstances, Guillaume Sarkozy a cru décrocher le pompon.

Mais malgré des mois de concertation, le projet, qui devait déboucher sur la création de la société commune le 1er janvier 2011, a été provisoirement suspendu par l’Autorité de contrôle prudentiel, une autorité de régulation placée sous la tutelle de la Banque de France [3].
Cette autorité a estimé que les deux sociétés mères n’avaient pas prévu de transférer assez d’actifs et que la joint-venture ne présentait pas une solidité financière suffisante.

Le projet de joint-venture est enterré
Pourquoi cet échec ? Les concepteurs du projet ont-ils fait preuve d’incompétence ? Ont-ils pensé que la Banque de France n’aurait pas l’audace de se mettre en travers d’eux ?
En tout cas, quand le projet a été suspendu, il semblait assez probable que la CNP et Méderic le redessinent pour qu’il présente toutes les garanties exigées par la Banque de France.

Eh bien non ! Prenant une décision inattendue, le conseil de la CNP, le 14 décembre, a enterré purement et simplement le projet. Pour la forme, une étude a minima va se poursuivre pour sonder le marché.
Mais cela ne trompe personne : c’est encore raté pour Guillaume Sarkozy.

Dans un tract, la CFDT de la Caisse nationale de prévoyance l’a confirmé aux salariés de la société.
Sous le titre « Peau de chagrin », elle explique que la joint-venture ne verra pas le jour : « Suite à la décision du conseil d’administration de la CNP, l’ambitieux projet se retrouve réduit à une équipe d’une vingtaine de personnes chargées de mener un test du marché retraite pendant 18 mois.
Les réseaux CNP Trésor et Médéric Conseil vendront une nouvelle gamme aux PME. En fonction des résultats du test sera prise la décision ou non de création début 2013 d’une entreprise joint-venture commune. »
Et, ajoute le tract, ce ne serait plus une société à 50/50 mais « contrôlée par la CNP ».
« En 2011-2012 », poursuit le syndicat, il n’y aura donc « pas de transfert de personnel » mais seulement le « détachement d’une vingtaine de salariés issus des deux sociétés ».

Pour de nombreux salariés de la CNP que ce projet inquiétait, et pour certains syndicats qui ont mené la bataille contre lui, tout particulièrement le syndicat Sud qui a été aux avant-postes, c’est une victoire. Pour Guillaume Sarkozy, c’est un camouflet.

Toutefois, la bonne étoile de Guillaume Sarkozy a encore joué.
A défaut d’un grand accord avec la CNP, il a pu aussitôt en concocter un plus petit, minuscule même, tout juste expérimental, avec deux autres organismes de protection sociale, Vauban Humanis et D&O, visant à améliorer la prise en charge des maladies chroniques par le développement des technologies de l’information et de la communication.
Le hasard a bien fait les choses : comme l’atteste le communiqué (que l’on peut télécharger ici), les trois associés ont été « sélectionnés dans le cadre de l’appel à projets lancé par le ministère de l’industrie, en relation avec le ministère de la santé ».

Heureux Guillaume Sarkozy qui, après chaque échec, a l’énergie de repartir de l’avant...

Laurent Mauduit
http://www.mediapart.fr/journal/fra...