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RESF : 10 ans déjà...


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Mis en ligne ou actualisé le : mercredi 2 juillet 2014

Aucun élève n’est illégal...
Ni hier, ni aujourd’hui

Combien de jeunes étrangers, majeurs scolarisés devenus sans papiers, régularisés depuis dix ans ?
Combien de bagarres menées, de milliers de signatures recueillies, de rassemblements devant des préfectures, des centres de rétention, dans les aéroports, combien de lycéens sortis de rétention ?

10 ans de combat RESF, et une évidence : des lycéens sans papiers, des jeunes comme tous les autres, ces jeunes sur qui pèse le couperet de l’expulsion, il y a peu de lycées qui n’en comptent pas, que leur situation ait été connue de tous, ou seulement de quelques-uns.

10 années de sarkozysme, d’empilement de lois restrictives, ont placé de trop nombreux jeunes étrangers dans l’impossibilité d’être régularisés et de vivre une vie normale. Dans les premières années, ils étaient expulsés.
Puis l’engagement de leurs copains, de leurs profs, des élus, en un mot les mobilisations ont fait reculer les gouvernements de l’époque.
En 2005, la circulaire du 31 octobre suspend les expulsions d’élèves et de parents d’enfants scolarisés jusqu’à la fin de l’année scolaire, puis en juin 2006, alors que RESF dénonce l’ouverture prochaine de la chasse à l’enfant,

La circulaire du 13 juin permet au cours de l’année 2006 la régularisation de 22 100 familles et jeunes.
Critères de régularisation à l’époque : deux ans de présence en France, une année de scolarisation pour au moins un enfant.

Les expulsions de lycéens vont peu à peu devenir impossibles à exécuter pour les Hortefeux, Besson et autres Guéant : en 2011, deux jeunes scolarisés le sont, deux de trop, mais Iliès, lycéen de Montceau- les-Mines, revient au bout de trois semaines sous la pression des manifestations.
Le gouvernement installe alors une sorte de statut quo malsain : les lycéens ne sont pas expulsés, mais ils ne sont pas régularisés. Ils restent sans papiers ou survivent à coup d’autorisation provisoire de séjour, ou de titre étudiant, inadapté à leur situation, et qui les rend facilement expulsables une fois qu’ils sont sortis du système scolaire, et privés de leurs soutiens.
C’est la situation des « vieux majeurs », anciens lycéens non régularisés, contraints à l’inexistence administrative et à tous ses aléas des années durant.

La circulaire Valls en novembre 2012 formalise cette conception révoltante de la situation des jeunes majeurs scolarisés sans papiers.
90 % d’entre eux en sont exclus, ceux arrivés à 16 ans et quelques mois (trop tard donc), vivant chez un oncle, un parent, le père ou la mère n’étant pas présent en France.
Ceux qui sont isolés, pour certains pris en charge par l’ASE, perdent la possibilité du titre Vie privée et familiale dont ils pouvaient bénéficier précédemment.
Pour presque tous, la circulaire Valls se traduit par un refus de dépôt de dossiers, parfois une autorisation provisoire de séjour de quelque mois, puis une autre, sous réserve de réussite à l’examen, et une fois l’examen obtenu, plus rien…
Pour beaucoup, c’est tout de suite l’obligation de quitter le territoire français. On n’en finit pas de constater depuis novembre 2012, les refus et l’application de plus en plus restrictive des préconisations ministérielles officielles, elles-mêmes déjà très excluantes.
Pour tous ces lycéens, précarité, misère, désespoir. Et la prison pour plusieurs d’entre eux, accusés, sur la base du résultat de tests osseux dont on connaît le manque de fiabilité chez des adolescents, d’avoir menti sur leur âge pour se faire prendre en charge par l’ASE.

Ce n’est pas acceptable, c’est un gâchis, une absence de vision et un manque de courage politiques. Gâchis, déni de ce que la société et le système éducatif ont entrepris. Déni de la richesse que ces jeunes représentent, sabordage de leurs efforts et de leur investissement dans un projet, on leur demande d’être intégré tout en leur en refusant le droit et les possibilités. Méconnaissance répétée de l’histoire de ce pays qui a permis à Modigliani, Flora Tristan, Ionesco, parmi tant d’autres d’y développer leurs talents.
Absence de courage politique, la régularisation des lycéens sans papiers, comme celle des travailleurs, soutenue sous la droite par les politiques de gauche et l’opinion publique, est, sous la gauche au pouvoir, abandonnée en gage à la droite, avec les résultats électoraux que l’on connaît.

Ce n’est pas acceptable, ceux qui l’ont bien compris mais qui ne sont pas entendus du gouvernement, ce sont les lycéens, révoltés par les OQTF infligées à leurs camarades.
À St-Nazaire, à Privas, à Lyon, à Marseille, à St-Étienne, à Chalons, ils l’ont crié, sont descendus dans les rues pour se faire entendre, ils sont des milliers.

Il faut que la loi change. Rapidement. Faute de quoi, tôt ou tard, le gouvernement commettra ou laissera commettre la faute de trop, un contrôle, une arrestation, une OQTF qui déclenchera la colère du milieu scolaire et le contraindra à faire ce qu’il refuse aujourd’hui.

Voir ci-dessous le Bulletin RESF :