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Déclaration des représentant·es du personnel FSU 47 au CDEN du vendredi 2 février 2018


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Mis en ligne ou actualisé le : vendredi 2 février 2018

Cette réunion du CDEN nous permet d’évoquer les annonces récentes du Premier Ministre et du ministre en charge de la Fonction publique. De nouveau, un gouvernement se soumet à l’idéologie libérale la plus dure dont le l’objectif est mettre à bas l’édifice qui patiemment construit pour donner consistance à une société moderne et de progrès.

Qu’est-ce que la modernité ?
Elle trouve son origine dans les Grandes Découvertes de la Renaissance, dans les Lumières du xviiie siècle. Nous l’identifions à la lutte contre l’arbitraire de l’autorité, contre les préjugés et contre les contingences de la tradition.
La modernité, c’est vouloir donner le pouvoir à la raison et à des principes universels plutôt que de soumettre la société à des dogmes ou à des intérêts particuliers.
La modernité, ce n’est pas abdiquer face aux exigences des marchés, aux intérêts particuliers ou à l’air du temps. En cela, la Fonction publique est une idée moderne, car elle est l’incarnation de ces principes de raison et d’universalisme.

Les fonctionnaires sont chargés par la Nation de mettre en œuvre les décisions prises dans le cadre démocratique avec une aspiration à la mise en œuvre de la devise « Lberté, égalité, fraternité ».
Et sans nous lancer dans une critique des insuffisances démocratiques de la Cinquième République, nous pouvons toutefois constater que ce gouvernement — comme d’autres avant lui — est précisément l’instrument d’intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général car il sape les uns après les autres les édifices collectifs (droit du travail, logement social, fiscalité équitable, accès à l’université, etc.).

Si les rémunérations variables sont demeurées limitées dans la Fonction publique, c’est pour éviter que les fonctionnaires ne soient soumis aux pressions des intérêts particuliers qui s’expriment plus souvent qu’on ne le pense par la voie hiérarchique, directement soumise à l’exécutif politique dont l’instrumentalisation par les puissants est trop fréquente.
Accentuer les rémunérations variables en les liant au soi-disant « mérite », c’est faire contrevenir à la séparation des pouvoirs en permettant au pouvoir exécutif de faire pression sur les fonctionnaires dont la légitimité de l’action relève du pouvoir législatif. Nous identifions-là le véritable danger de toute l’action de ce gouvernement qui pense que l’État est une entreprise toute soumise à la volonté de ses actionnaires.

L’État, ce n’est pas cela ; c’est une construction patiente de mise à distance et de séparation des rôles et compétences de ses différents acteurs et non une armée en marche au service des ambitions d’un César ou d’un Jupiter aussi éclairé soit-il.
Alors que la FSU demande depuis des mois des discussions, le gouvernement répond par une attaque frontale de la Fonction publique.

C’est d’abord la volonté de supprimer 120 000 postes, en partie grâce à un plan de départ volontaire. Nous estimons au contraire que la Fonction publique a besoin de toutes ses forces et de celles qui lui manquent encore pour assurer la cohésion sociale et l’égalité d’accès aux services publics de tous les citoyens.
Cette annonce d’un plan de départs volontaires est un gadget médiatique : le précédent, mis en place par le gouvernement du président Sarkozy s’était soldé par un échec, les volontaires étant très peu nombreux.

Le recours accru aux contractuels relève de la même logique d’hostilité à une Fonction publique garante de l’intérêt général au profit d’un instrument à la botte du pouvoir exécutif. Relevons qu’il y a déjà 20 % d’agents contractuels dans la Fonction publique, soit un million de personnes.

La qualité des services public à rendre aux usagers, leur nécessité sur l’ensemble du territoire et la défense de l’intérêt général appelle au contraire à créer des emplois pérennes comme le sont les missions à remplir.

Le nouveau gel du point d’indice, le rétablissement du jour de carence sont encore des attaques inadmissibles contre les agent·es de la Fonction publique. La solution n’est pas de nous stigmatiser en laissant croire que nous coûterions trop cher.
Nous pensons au contraire que sans la Fonction publique la richesse produite dans notre pays serait moindre, mais surtout que notre société serait plus éloignée encore de la devise de la République. Plusieurs épisodes de l’Histoire nous laissent penser que ce n’est pas vraiment la préoccupation des plus riches.

Pour ce qui concerne l’éducation nationale, les impulsions politiques donnés à cette carte scolaire sont un reflet de cette politique. Ainsi, décréter un objectif de 100 % de réussite en CP, en octroyant généreusement 3 postes au département pour mener à bien cette louable mission, relève franchement d’une utopie des plus cyniques.
Bricolage et saupoudrage de moyens dérisoires sont depuis de nombreuses années maintenant l’apanage de l’éducation nationale.

Résultat : près de 100 000 classes comptaient 25 élèves ou plus en 2016 en France, dont environ 7 000 dépassaient les 30 élèves, selon les chiffres fournis par le ministère.
Que l’on compare avec les pays de l’OCDE ou avec les pays qui ont de meilleurs résultats aux évaluations PISA/PIRLS, le nombre moyens d’élèves par classe est toujours sensiblement plus élevé en France et ce sont 13 000 postes qui sont nécessaires pour rattraper la moyenne des pays de l’OCDE.

Les besoins et l’écart sont encore plus grands si l’on considère le taux d’encadrement, c’est-à-dire le nombre d’élèves par enseignant. Là encore, la France est bien loin de la moyenne des pays de l’OCDE avec 100 000 emplois sont nécessaires pour rattraper notre retard. Face à ces constats, le gouvernement crée 3881 postes pour la rentrée 2018.
On nous parle d’effort budgétaire… pour un peu, il faudrait dire merci ! Il nous semble que l’effort n’est pas là mais bien chez les enseignant·es qui travaillent dans ces conditions !

Les politiques publiques qui se sont succédé depuis 15 ans n’ont jamais pris la mesure des besoins réellement nécessaires à une éducation ambitieuse et de qualité. Force est de constater que le choix d’un investissement public à la hauteur des besoins n’est toujours pas d’actualité.

Au-delà des postes d’enseignant·es, nous déplorons la disparition totale de l’aide administrative aux directeurs d’école. La présence des adultes dans les écoles est largement insuffisante. L’absence à la rentrée dernière des employés de vie scolaire pèsent lourd dans le quotidien des écoles.
Le gouvernement a choisi de mettre les personnes qui occupaient ces emplois en difficulté comme il met en difficulté les écoles qui en bénéficiaient. Nous mesurons à cette aune l’importance qu’il accorde à la vie des écoles.

Il n’est pas possible de pas prendre en compte les mutations de l’école avec plus de 25 élèves par classe. La baisse des effectifs est un enjeu majeur si l’on souhaite la réussite de tous les élèves et l’amélioration des conditions de travail des enseignant·es.
Pour le SNUipp-FSU, il est urgent que le nombre d’élèves tende le plus vite possible vers 20 élèves par classe, notamment dans les zones d’éducation prioritaire, sans jamais dépasser 25.

Si le dédoublement des effectifs de CP et CE1 dans ces secteurs constituera une vraie bouffée d’oxygène, il ne doit pas se faire au détriment d’autres classes ou d’autres dispositifs comme cela sera le cas, en particulier, dans notre département. Que deviendront les maîtres supplémentaires, laborieusement mis en place au cours des cinq dernières années et dont les effets bénéfiques commencent à peine à être reconnus ?

Le département de Lot-et Garonne est, faut-il le rappeler, l’un des 20 départements les plus pauvres de France. Comment pourrions-nous nous réjouir de cette dotation de 3 postes, même avec une baisse d’effectifs ? Ce serait oublier bien vite les rentrées précédentes.
En 15 ans, de 2002 à 2017, les effectifs du département ont augmenté de 1120 élèves pour 28,5 postes supplémentaires créés, soit un poste pour 39 élèves ! La petite dotation de cette année serait déjà insuffisante à dispositif constant, mais la perspective du dédoublement des CP et des CE1, lui donne des airs de camouflet aux enseignants.
Ils et elles paieront les promesses électorales du président de la République par la dégradation de leurs conditions de travail.

Cette dotation nous laisse craindre que vous, Monsieur l’inspecteur d’académie, ne proposiez aucune amélioration concernant les RASED, le nombre de remplaçants, l’enseignement spécialisé ou la formation continue. Et quand bien même vous le feriez, ce serait nécessairement au détriment d’un autre aspect de notre profession.
Ce sont pourtant là des postes tout à fait nécessaires dont l’absence se traduit directement par une prise en charge insuffisante des difficultés scolaires, des conditions d’apprentissages et d’enseignement dégradées et une souffrance professionnelle quasiment impossible à endiguer.
Le professionnalisme, l’engagement et la bonne volonté des enseignant·es et de vos services ne suffira jamais à pallier des choix politiques qui manifestent l’indifférence et l’égoïsme des riches et des puissants. Pour la section FSU 47, ce sont au moins 140 postes d’enseignants du 1er degré qui manquent à notre département pour pouvoir fonctionner dans des conditions correctes… sans plus.

Alors oui, nous nous apprêtons à défendre chaque classe, chaque école, chaque village et à faire savoir que la politique que vous mettez en œuvre est injuste – même si nous avons bien compris qu’en dépit de vos déclarations vous n’aimez guère la publicité.