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Dormir ?


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Mis en ligne ou actualisé le : lundi 1er octobre 2018

Évaluations repères, réforme de la formation initiale avec le pré-recrutement, suppression de postes dans le second degré et l’administration, statut des directeurs,…
Une rentrée riche, boulimie de réformes et toujours le même mode opératoire communicationnel du ministère.

Tout d’abord, on cherche le vocabulaire adéquat.
Souvent on prend le mot valise qui permet de déformer les demandes des syndicats pour appuyer la réforme entamée.
Ensuite, on le diffuse par les médias. L’idée germe dans les esprits des citoyens et des enseignants quitte à mettre en difficulté les enseignants face aux inquiétudes des parents.
Puis, on légifère, on impose.

Entre l’étape 2 et 3 existe le flou juridique. Exemple : l’institution oblige à faire passer les évaluations alors que rien n’existe dans le cadre légal.

Dans une société de contrôle, l’évaluation est au centre, quitte à s’asseoir sur les principes républicains et démocratiques. Bienvenue dans l’ordolibéralisme : « Nous savons les bonnes orientations, les bonnes pratiques, vous les ignorez donc nous vous demandons de croire, d’appliquer ou de vous comporter comme si vous croyez. » Nous sommes loin de la démocratie et nous entrons dans le totalitarisme administratif.

Ainsi, surchargés par les injonctions, informations, nous voilà enfermés dans un présent permanent, loin de pouvoir prendre le temps de la réflexion.
Un temps présent permanent où immédiateté et instantanéité nous font subir une accélération à laquelle chaque individu ne peut s’adapter que dans deux directions : la prison de l’instant et/ou le passé fantasmé.

Ainsi nous vivons de jour endormi dans le royaume des rêves, des craintes et des peurs.
Nous dormons comme l’explique le philosophe Alain (discours Les marchands de sommeil, 1904) : « Qu’est-ce donc que dormir ? C’est une manière de penser ; dormir, c’est penser peu, c’est penser le moins possible. Penser, c’est peser ; dormir, c’est ne plus peser les témoignages. C’est prendre comme vrai, sans examen, tout murmure des sens, et tout le murmure du monde. Dormir, c’est accepter… »

Voilà le projet de société décrite ici par Castoriadis (1992, dans « Une société à la dérive : Entretiens et débats, 1974-1997 ») : « La société est dominée par une course folle, définie par ces trois termes : technoscience, bureaucratie, argent. Si rien ne l’arrête, il pourra de moins en moins être question de démocratie. La privatisation, le désintérêt, l’égoïsme, seront partout – accompagnés de quelques explosions sauvages des exclus, minoritaires et incapables d’avoir une expression politique. »

Réveillons-nous !! Pensons !! Refusons d’accepter aveuglément !! Résistons !! Agissons !!

Guillaume Arruat