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La France d’en bas


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Mis en ligne ou actualisé le : samedi 22 décembre 2018

Vous en avez ras-le-bol ? Vous êtes des gilets jaunes !

Voilà plus d’un mois que la France « périphérique » s’est soulevée.
Cette France, c’est celle des classes populaires sacrifiées, de la ruralité abandonnée, désertée par des services publics toujours plus éloignés.
« Comprenez ! Nous devons faire des économies et les caisses de l’État sont vides. » Ce discours fataliste et culpabilisant, tenu au nom du bien commun, nous l’avons tous et toutes entendu.
Au début, il n’appartenait qu’aux gouvernants et aux grands patrons. Il aura fallu plus de 30 ans de politiques sociales désastreuses, toujours plus violentes, pour qu’aujourd’hui, certains de nos compatriotes aient intégré ce discours comme une vérité.

Il nous faut remettre du sens !

C’est là tout l’enjeu ! La question n’est pas « Pour ou contre les gilets jaunes ? », la question est : « Quelle société désirons-nous léguer à nos enfants ? »
Faut-il une redistribution des richesses plus juste ? Une redistribution des pouvoirs ?
Un mois de lutte a exposé la supercherie du pouvoir en place au grand jour, lors des allocutions présidentielles et des annonces ministérielles vides de sens face à la révolte.
La machine gouvernementale est grippée, elle est malade. Alors elle annonce un moratoire. Puis, prise de fièvre, elle accorde 100 euros nets aux smicards (sous conditions…).
Redistribution des richesses ? Que nenni, ce sera sur nos deniers bien sûr. Le peuple le sait, la température ne baisse pas.
Pire, la fièvre, du jaune vire au bleu. En 48 h, les syndicats de police obtiennent 120 euros net d’augmentation des salaires.

L’histoire ne s’arrête pas là, voilà que le budget 2019, qui est discuté actuellement à l’Assemblée nationale, est à la recherche de 10 milliards d’euros. Où le pouvoir va-t-il trouver cette somme colossale ? Les multinationales ? Les services publics ?
Nous avons déjà quelques indices dans l’éducation nationale… Les dotations ministérielles annoncées pour la prochaine carte scolaire font état de 94 postes sur l’académie de Bordeaux, la plus faible dotation depuis 6 ans.

Cette France périphérique, nous la connaissons, nous y travaillons. Ce ras-le-bol, ce mépris, nous le ressentons toutes et tous. Nous le vivons.
- Directeur·trice surchargé·e de travail face aux injonctions de l’institution ;
- Adjoint·e en CP-CE1 contraint·e à faire passer des évaluations dites repères qui n’ont d’autre objectif que de le/la juger ;
- Enseignant·e méprisé·e dans la presse par le discours de son ministre et subissant les pressions de la hiérarchie ;
- Chargé·e de classe accueillant des enfants à BEP (besoins éducatifs particuliers) sans avoir les moyens nécessaires... Ce que nous vivons au quotidien n’est que le reflet de ce qui se passe dans la société.

Notre rôle est-il de reproduire les inégalités sociales en les transformant en inégalités scolaires ? Ou est-il de permettre à chaque enfant de se réaliser, lui permettant ainsi de s’émanciper, de créer quelque chose de nouveau ?
Des évaluations qui amènent au « bachotage » conduisent vers quel modèle ? C’est en remettant du sens, en répondant à ces questions qu’il nous sera plus facile de nous positionner, de résister.

Ces injonctions institutionnelles, ces menaces que nous subissons, c’est l’expression du pouvoir archaïque vertical descendant qui est en crise.
En tant qu’éducateurs.trices des générations futures, notre place est avec celles et ceux qui défendent le service public et le droit de chacun·e à vivre dignement dans une société plus juste.
À n’en pas douter, ces questions vont ressurgir très vite au moment des opérations de carte scolaire...

Anne-Laure Pujos
Guillaume Arruat