Maintien de l’activité scolaire : à l’impossible nul n’est tenu !
Publication : 28 mars 2020
Modification : 11 avril

Le SNUipp-FSU a mis en place un site dédié aux questions les plus posées concernant la pandémie du Covid-19, sur le fonctionnement de l’école et les droits des personnels.

Dans cette période inédite et si particulière, l’Institution nous demande de mettre en place la continuité pédagogique. Mais est-ce possible ? Est-ce souhaitable ? Est-ce là l’essentiel ?

Donner beaucoup de travail, c’est favoriser qui ? c’est favoriser quoi ? Les parents disponibles, ce sont quels parents ? L’enseignement à distance est-ce vraiment de l’enseignement ?

Nous devons nous interroger sur « la classe à la maison »

 Le fonctionnement collégial habituel des équipes pédagogiques est remis en cause

Signe de leur attachement à la notion de continuité de service public et de réussite de tous les élèves, depuis la fermeture des écoles, les enseignant-es ne comptent pas leurs heures et assurent une charge de travail souvent bien plus élevée qu’en « temps normal ».

Du côté des familles, le temps des devoirs est parfois un temps de forte tension et ce temps est décuplé quand tout se fait à la maison. Il est exacerbé quand les conditions du confinement sont dégradées (difficulté avec l’écrit, avec l’informatique, espace réduit, ...) . Pour certaines familles, le travail à la maison, c’est une violence que l’école leur inflige.

Du côté du ministère Blanquer, dont on connaît le projet et les dérives possibles, cette crise peut représenter une véritable opportunité pour modifier le système scolaire en profondeur.

 Injonctions institutionnelles : un plan com !

M.Blanquer se préoccupe peu de pédagogie. Quand il dit « continuité pédagogique », il faut entendre « continuité du boulot ». Mais nous ne sommes pas dupes.

Non monsieur le ministre, tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes . L’Éducation Nationale n’était pas prête. Elle n’est toujours pas prête.

Les enseignant-es ne seront pas les Cyril Lignac de l’éducation. Ils n’ont pas les moyens techniques (ni le salaire) que M6 lui accorde pour son émission « Tous en cuisine », en direct, en visioconférence, à domicile. Nous ne ferons pas non plus de la « air-éducation » comme sur France TV. Ce n’est pas notre métier. Ce n’est pas l’idée que nous nous faisons de notre mission de service public. L’enseignant-e n’est ni un fichier d’activités, ni un manuel scolaire, ni un présentateur de savoirs. Sa plus-value réside dans ce qu’il ou elle fait à l’école, dans la classe, avec les élèves, avec les familles.

 Dans la situation inédite que nous vivons, hiérarchisons

La priorité, c’est la situation sanitaire, la santé, la vie ! Tout ce qui est mis en place au sein de l’institution ne doit en aucun cas se faire au mépris de la sécurité sanitaire de qui que ce soit. Le rôle premier du Service Public est de maintenir un lien social, d’incarner la solidarité.

Soyons clairs. Entre nous et vis-à-vis des parents. La continuité pédagogique est un leurre. D’ailleurs Jean-Michel Blanquer accorde-t-il autant d’importance à cette continuité pédagogique lorsque les enseignant·e·s absent·e·s ne sont pas remplacé·e·s, faute de personnel en nombre suffisant ?

Nous donnons tous actuellement du travail, des révisions, à nos élèves. Mais nous devons le faire en ayant conscience des questionnements, des problématiques que cela pose

  • La situation nous oblige à nous inscrire dans la logique d’un marathon. Il est important de conserver de l’énergie pour « tenir sur le long terme ». Cela passe par un nécessaire lâcher prise. La productivité n’est pas une obligation !
  • Maintenir une activité scolaire ne veut pas dire qu’il faut “rentabiliser” le temps de confinement.
  • Les enfants ont avant tout besoin de connexion physique (câlins, massages, portage…) et émotionnelle (se sentir compris, entendus). ils peuvent souffrir de ne pas pouvoir bouger ou de ne pas voir leurs amis comme ils aimeraient le faire. Pour eux aussi le confinement est difficile.
  • Quelques semaines de travail scolaire allégé ne mettent pas en jeu l’avenir de nos enfants.
  • Préserver des relations familiales harmonieuses est plus important que le travail scolaire.
  • Cette période doit être exclusivement consacrée aux révisions et à la consolidation des acquis. Aucun nouvel apprentissage ne doit être demandé aux élèves (ni aux parents). Pas de devoirs noté, aucune évaluation ne doit être prise en compte durant cette période. Aucun élève ne doit être pénalisé pour travaux non rendus ou rendus en retard.
  • Pas de culpabilisation, ni pour les enfants, ni pour les parents, ni pour les enseignants. Chacun fait du mieux qu’il peut.

 Prendre du recul

Cette situation nouvelle percute de plein fouet nos métiers, nos missions. Elle interroge sur le sens et les finalités de l’école.

Ce bouleversement ne peut avoir de réponse unique ni de réponse précipitée, aussi nous faut-il prendre du recul face aux injonctions, prendre de la hauteur et réinterroger les priorités du moment.

L’éducation est affaire de collectif. L’accès aux savoirs, l’entrée dans les apprentissages pour tous-tes les élèves ne peuvent se faire que dans la classe, de façon collective et en faisant appel à des échanges inter-personnels. Nier cette dimension revient à nier les inégalités criantes que l’individualisation ne peut que renforcer. Nier cette dimension, c’est renoncer à s’adresser à tous nos élèves.

 Préparer demain dès maintenant

Quant à ce que sera demain, il n’y a, à ce jour, aucune réflexion institutionnelle sur les conséquences pédagogiques, à long terme, de la fermeture des écoles. Rien n’est envisagé pour aider les enseignants à gérer le retour dans des classes où certains élèves auront tout suivi quand d’autres n’auront rien pu faire.

« S’assurer qu’aucun élève ne reste sur le bord du chemin », le discours est noble. Il est surtout facile quand ce sont d’autres qui sont en première ligne pour s’en charger au quotidien sans les moyens nécessaires pour mener à bien leur mission.

Demain ne pourra être comme hier. À nous, professionnels de l’enseignement et citoyens, de témoigner, d’échanger, de réfléchir sur ces questions, de porter ce qui est essentiel pour l’école, pour les services publics et, plus largement, pour les missions de première nécessité.

Applaudir aux fenêtres ne suffira pas.