Accueil du siteÉcoleMaternelle
École Maternelle : Xavier va me tuer !


Article visité 1725 fois Imprimer  Enregistrer au format PDF  
Mis en ligne ou actualisé le : vendredi 26 septembre 2008

Enseignante de Petits et de Tout-Petits depuis plus de vingt ans, je ne peux contenir ma colère et mon indignation face aux propos de M. Darcos.

Ce n’est certes pas la première fois que nous sommes allègrement blessés mais un tel mépris pour toute une partie de la profession n’a jamais été égalé. Pour celles ou ceux qui n’ont pas encore entendu, jugez vous-mêmes :

  • « Est-ce qu’il est vraiment logique, alors que nous sommes si soucieux de la bonne utilisation des crédits de l’Etat, que nous fassions passer des concours à bac+5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches ? Je me pose la question, ces personnes ayant la même compétence que si elles étaient par exemple institutrice en CM2. Donc la question du préélémentaire me paraît devoir être posée, mais elle est très difficile à soulever sans immédiatement amener avec elle une tempête de polémiques et de préoccupations municipales" (Audition de Xavier Darcos au sénat).

Comment un ministre peut-il ignorer les règles des établissements de son propre ministère ? Tous les parents savent que la condition première, sauf dans les cas particulier de projet de scolarisation, d’entrée à l’École Maternelle est la propreté et que la plupart du temps la sieste est surveillée par les ATSEM.
Mais Xavier Darcos n’a certainement pas jugé utile de scolariser ses enfants dans une école qu’il qualifie de « préélémentaire ».
Erreur, là aussi : l’École Maternelle est une école à part entière où l’on n’apprend pas à pré parler, à pré- lire, à pré écrire ou à pré compter.
Cela fait de nombreuses années que l’idée de pré requis a été abandonnée par les chercheurs et les professionnels !

Il est vrai que l’éducation globale pratiquée dès la première année d’École Maternelle, l’ouverture d’esprit, l’entrée dans les savoirs et la culture ne doivent pas être considérés comme pertinents au regard du formatage sous-jacent dans les nouveaux programmes …

Troisième erreur :

  • « Tout le monde sait très bien qu’en France, si nous scolarisons si tôt des tout petits enfants, à 2 ans ou 2 ans et demi, ce n’est pas pour des raisons scolaires, mais parce que ça arrange les communes, les maires, parce que ça empêche de fermer des classes.
  • Je serais heureux qu’un jour la Nation se pose la question de la petite enfance de manière plus globale, et que la petite section de l’École maternelle ne soit pas la variable d’ajustement des communes pour éviter de fermer une classe. »

Encore une fois, il faudrait se renseigner Monsieur le Ministre : les enfants de moins de trois ne sont pas ou plus comptabilisés, sauf en ZEP et dans parfois en milieu rural, pour ouvrir ou fermer des classes. Depuis quelques années leur taux de scolarisation ne cesse de diminuer, on est passé de 35,3% en 2001/02 à 20,3% en 2007/08

Nous ne sommes pas dupes. Toutes ces déclarations ne visent qu’à justifier des récupérations de postes mais, comme le dit notre ministre, c’est un sujet sensible et il va être difficile de supprimer « l’accueil » des petits. Cette mesure serait trop impopulaire, mais conserver une structure qui fonctionnerait avec du personnel municipal et des EVS, pourrait constituer une alternative pour le gouvernement.
Même si nous connaissons la valeur du travail des ATSEM, nous savons que cela signifierait la fin de l’École Maternelle. Les enfants seraient accueillis et pousseraient dans des « Jardins d’enfants »et ce serait la fin de la scolarisation, spécificité de l’École.

Terminé aussi le rôle de l’École Maternelle pour lutter contre les inégalités et prévenir l’échec scolaire. Même si cette mission ne peut, faute de moyens, être remplie comme elle devrait l’être, nous savons tous (sauf notre ministre) que pour des enfants issus de milieux populaires, la scolarisation dès la TPS permet une rencontre avec de nouvelles pratiques sociales et culturelles, de nouvelles pratiques langagières.
C’est au milieu de leurs pairs et dès le plus jeune âge, que se construisent le sens de l’école et des apprentissages, et ce pour tous les enfants.

  • L’année prochaine, que trouvera-t-on pour justifier la suppression de la moyenne section ?
  • Pour la Grande Section, ce sera facile, elle sera rattachée à la « vraie école » l’élémentaire !

Combien de postes ainsi récupérés ?

  • Je refuse de faire le calcul, contrairement à M. Ferry qui sans état d’âme a déclaré sur une radio nationale : « les 2 heures pour les élèves en difficulté ça permet de supprimer les rased. C’est à dire les réseaux d’aide et de soutien dans les départements et cela fait économiser 8000 postes. Il faut quand même le savoir c’est un point très important. C’est ça l’enjeu de cette réduction. »
  • Je refuse de faire le calcul car je refuse de croire que nous laisserons l’École Maternelle disparaître.
  • Le 19 octobre je serai à Paris pour manifester contre toutes les attaques dirigées vers l’Education Nationale et pour défendre l’École Maternelle.

C’est pour y enseigner que j’ai choisi mon métier et non pour l’enterrer !
Marie-Jo Labroille