Un ministre passe,
l’éducation nationale trépasse !
 Mis en ligne en juin 2022
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À l’heure du bilan, les 5 années passées par M. Blanquer au ministère ont été un véritable et historique succès pour les chantres du néolibéralisme qui ne peuvent que le féliciter chaudement : sa réelle volonté de dézinguer le service public d’éducation avec méthode, application et opiniâtreté a dû réjouir les apôtres du think tank de l’Institut Montaigne.

Pendant 5 ans, il n’a eu de cesse, sous la férule du cabinet Mac Kinsey, de saborder des pans entiers du système éducatif public.
Un management dictatorial à base de petits livrets colorés délivrés chaque année à l’attention des enseignant·es ne laissant quasiment plus de place à leur liberté pédagogique, des évaluations CP/CE1 obligatoires mais sans intérêt, des références à certaines neurosciences plus que controversées, la liste est loin d’être exhaustive !
Parallèlement, le manque de moyens est patent : des postes pour permettre le dédoublement des CP/CE1 certes, mais pris en partie sur les PDMQDC, des RASED toujours en lambeaux, une inclusion à l’économie qui est contre-productive… Et pour couronner le tout, un nombre de remplaçant·es très insuffisant en regard de la situation actuelle.
Le résultat est sans appel : le navire éducation nationale coule, entraînant avec lui tout l’équipage, pendant que l’orchestre continue à jouer…
Il est vrai que le Président a bien imposé son programme dès le début de son mandat : gel du point d’indice des fonctionnaires et suppression des emplois administratifs (certes précaires) dès son entrée en fonction en 2017 !
Le ton était donné et depuis, les enseignant·es n’ont cessé d’être dévalorisé·es (au sens propre et figuré), réduits à l’état de simples exécutant·es.
Et plutôt que de se précipiter à Marseille en prônant la concurrence entre écoles à coup de projets tous aussi mirifiques (bling-bling ?) les uns que les autres… sur le papier, notre Président Roi ferait mieux de se pencher sur le sort de ses sujets !
En effet, les réductions drastiques de moyens se sont inévitablement répercutées sur les conditions de travail qui se sont inexorablement dégradées au fil du quinquennat. Le déséquilibre de la balance poste/personnel volontairement entretenu par le gouvernement (insuffisance notoire du recrutement et appel ultra limité à la liste complémentaire du CRPE) a fait quasiment disparaître les possibilités d’adapter son rythme de vie au poste occupé : pratiquement plus de disponibilités, de temps partiels, de congés de formation accordés en dehors du champ obligatoire, ineat/exeat bloqués : les enseignant·es sont à bout de souffle, exsangues.
Ne voyant aucune perspective d’amélioration de leur situation, les demandes de ruptures conventionnelles ou de démissions se multiplient tandis que le nombre de candidatures au concours se réduit comme peau de chagrin. Il est vrai que postuler pour un poste rémunéré à 1,1 fois le SMIC après 5 ans d’études a de quoi faire réfléchir.
Les enseignant·es ont avant tout le droit de ne pas être méprisé·es et de bénéficier de meilleures conditions de travail. Mais cela ne pourra se faire qu’en injectant des moyens conséquents pour élaborer une politique ambitieuse au sein du service public d’éducation.
Nous ne vous remercions pas, M. Blanquer, pour le service rendu à l’entreprise de destruction massive de notre ministère et vous offrir un gâteau à la crème n’était sûrement pas à la hauteur de vos exactions. La claque magistrale reçue lors des élections législatives constitue, elle, une bien belle réponse à l’ensemble de votre œuvre !
A l’instar du chat qui retombe toujours sur ses pattes, l’ex ministre semble avoir déjà repéré un nouveau point de chute dans une université parisienne. Il est vrai qu’il est facile de trouver du travail, nous martèle notre Président de Macronie : il suffit de traverser la rue pour cela… encore faut-il habiter le bon quartier !