La sauce anglaise toujours aussi peu digeste

Ils avaient habilité d’office toutes les générations de PE depuis 2009 sans pour autant leur donner la formation adéquate.
Ils avaient exercé des pressions énormes pour que les collègues qui parlent anglais comme des vaches espagnoles suivent 9h d’animations pédagogiques censées leur délier la langue étrangère.

Publication : Janvier 2015
Modification : Janvier 2015

Ils avaient habilité d’office toutes les générations de PE depuis 2009 sans pour autant leur donner la formation adéquate.
Ils avaient exercé des pressions énormes pour que les collègues qui parlent anglais comme des vaches espagnoles suivent 9h d’animations pédagogiques censées leur délier la langue étrangère.

Certains pensaient qu’ils se calmeraient, qu’ils allaient réaliser qu’ils étaient à côté de la plaque, que cette volonté d’enseigner les langues étrangères dès l’école primaire serait enfin accompagnée de véritables moyens pour que le pudding imposé ne se transforme pas en gloubi-boulga.

Hé bien non !
Même Brian et Jenny, qui étaient pourtant déjà in ze marmelade, ne comprennent pas ce qui se dit in english dans les écoles, mais ce n’est pas grave, du moment qu’il y a inscrit anglais sur l’emploi du temps !

Jusqu’où l’institution est capable d’aller

Voici une histoire qui s’est réellement déroulée dans notre département, en classe unique (grande section au CM2), une enseignante non habilitée demande, avec l’appui des parents d’élèves, un-e intervenant-e en anglais.
Jusque là rien de plus normal !

Ce qui pique, c’est la réaction de l’institution : injonction avec moult pressions pour que l’enseignante fasse elle-même l’anglais dans sa classe. Et cela va jusqu’à une visite de l’IEN et de la CPC d’anglais pour en causer, sur temps de classe, c’est pratique en classe unique !
Le supérieur hiérarchique se fait rassurant : « Qu’importe si vous parlez anglais comme Yasser Arafat », et la CPC inventive : « Pourquoi ne pas demander à votre élève qui parle anglais de vous assister ? ».

En sortant de l’entretien, la CPC se permet donc d’apostropher ledit élève dans la cour, et lui demande d’aider sa maîtresse à enseigner l’anglais, l’enseignante est mise devant le fait accompli. C’est honteux !

Honteux que notre administration qui n’est capable ni de nous former correctement, ni de nous donner les moyens de faire correctement notre boulot, joue les milices et pratique une telle ingérence dans le fonctionnement d’une classe.

La formation des enseignant-es toujours pas au programme

Dénonçant ces faits lors de la CAPD, les élu-es du SNUipp-FSU47 ont entendu en guise de réponses : « Si les enseignants ne sont pas compétents en anglais c’est parce qu’ils refusent de se former. » et « Les enseignants n’ont pas d’habilitation en maths et ils les enseignent bien ! ».

Mais ce n’est pas une habilitation qu’il faut, c’est une formation, digne de ce nom. C’est vrai que depuis 5 ans, l’administration envoie en responsabilité de classe des stagiaires sans aucune formation préalable.
Si ce gouvernement avait réellement remis en place une formation initiale, l’anglais aurait pu être non seulement enseigné aux PES mais aussi abordé sous des aspects pédagogiques et didactiques, tout comme les maths l’ont été pour des générations d’instits qui se rappellent qu’en math aussi il y a des échauffements !
Parce qu’enseigner ça s’apprend, et qu’un master de math n’est pas le gage d’une capacité à identifier les obstacles cognitifs liés à l’apprentissage de l’addition et de cette sacrée retenue !

Et l’inexistence de la formation continue ne permet pas aux enseignant-es volontaires de mieux appréhender cette matière. Que le désert de formation, instauré par l’éducation nationale elle-même, soit utilisé comme argument de défense, c’est assez pitoyable !
Quant à l’accusation de mauvaise volonté de la part des enseignants, cela en dit long sur le respect des personnels.

Et sinon, cette institution toujours si prompte à nous engloutir sous la paperasse et les injonctions de toutes sortes, a-t-elle envisagé de sérieusement faire un bilan ?
Des progrès ont-ils été constatés lorsque nos élèves arrivent au collège ?

Mylène Denizot