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Concours 2010 : Une année de « Professeurs des Écoles Stagiaires » (PES)


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Mis en ligne ou actualisé le : jeudi 8 avril 2010

La direction générale des ressources humaines de l’Éducation Nationale a envoyé aux recteurs et aux inspecteurs d’académie une lettre de cadrage datée du 25 février avec pour titre : « Objet : dispositif d’accueil, d’accompagnement et de formation des enseignants stagiaires des premier et second degrés et des personnels d"éducation stagiaires »

Ce dispositif d’accueil concerne donc les lauréats des concours 2010 des premier et second degré et se mettra en place dès la rentrée de septembre. On appellera ces personnes des stagiaires car elles ne seront titularisées qu’à l’issue d’une inspection à la fin de cette année.

Cette lettre de cadrage a pour but d’uniformiser les pratiques rectorales mais fait surtout apparaître des disparités entre les départements (stage filé pour certains, directement en charge d’une classe pour d’autres...).
Elle montre aussi que le ministère n’a tenu aucun compte des remarques des syndicats et ignore le dialogue social.

Le SNUipp, avec les autres syndicats enseignants de la FSU, invite les enseignants des écoles à exprimer leur désaccord avec ces conditions de formation de la rentrée 2010.
La bataille pour l’abandon de la réforme doit se poursuivre en lien avec les parents d’élèves, les étudiants et les formateurs pour en empêcher le gâchis humain et professionnel.

Dans notre département,
C’est lors du conseil de formation du 6 mai que l’Inspectrice d’Académie annoncera les dispositions d’accueil des nouveaux stagiaires. On peut aussi craindre des conséquences sur l’offre de formation continue.
En principe, 60 stagiaires seront affectés brigade pour l’année 2010-2011. De la rentrée aux vacances d’automne, ils seront dans les classes des maîtres formateurs.
Ensuite, ils seront brigades et assureront les remplacements : congé longue maladie, formation continue mais pas sur des classes difficiles, pas en CP, ni en CM2.
Entre-temps ils seront (insuffisamment) formés par l’Université, l’IUFM ? Puis si tout se passe bien, ils seront titularisés.
Cette organisation au pied levé n’est possible que pour la rentrée 2010 parce qu’il y a encore une promo de PE2 mais dès 2011 cela sera différent.
Quel avenir pour les IUFM ?
Même s’il y a des différences entre le premier et le second degré, cette circulaire organise une parodie de formation et une régression incroyable. Les stagiaires n’auront qu’1/3 de formation et 2/3 sur le terrain.

Comme le « compagnonnage » est décompté dans le tiers temps, on peut se demander combien il restera pour une véritable formation où les stagiaires seraient rassemblés.
On notera d’ailleurs le conditionnel utilisé dans la circulaire “des périodes de formation groupées et/ou filées pourront être organisées” pour le premier degré.

Qui assurera ces hypothétiques formations ?
Il est simplement indiqué qu’elles s’effectueront sous l’autorité des Recteurs et des inspecteurs d’Académie. Les IUFM ne sont même pas mentionnés dans le texte.

On peut penser que ceux-ci seront d’une certaine manière mis en concurrence avec d’autres services comme prestataires de formations réduites à peau de chagrin.

Groupées ou filées ?
Quand on voit les difficultés à organiser les remplacements, on peut penser que les rectorats hésiteront à organiser des formations groupées (le texte insiste sur la nécessité du remplacement).
Le choix risque de se porter sur une formation ”filée”, c’est-à-dire une demi-journée par semaine, en dehors du temps de travail.
L’enseignant stagiaire aura donc un service complet, les entretiens avec son tuteur-compagnon, des visites dans la classe de celui-ci et en plus… des réunions le mercredi après-midi…. ! On est loin de l’alternance…

Se pose aussi la question du choix des tuteurs : Un bon joueur de foot fait-il forcément un bon entraîneur ? Suffit-il d’être un “bon prof” (ou en tout cas considéré comme tel par l’inspection) pour devenir un bon formateur ? Qui formera les ”compagnons” ?

C’est donc la fin d’un modèle de formation qui est officialisée ici, avec des conditions d’entrée dans le métier encore plus difficiles.

Que des étudiants fassent des stages d’observation dans les écoles ne pose pas de problème, qu’ils fassent des stages de pratique accompagnée chez les IPEMF c’est déjà limite, mais des stages en responsabilité : c’est NON !

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Le SNUipp 47 appelle les collègues à ne pas accepter de laisser la responsabilité de leur classe à des étudiants et à l’annoncer dès maintenant ( même si on leur fait miroiter du temps de décharge ou une obole financière ou un temps de formation continue )

Que des enseignants stagiaires effectuent des stages d’observation, puis de pratique accompagnée avec des IPEMF et qu’ensuite ils effectuent des stages en responsabilité, c’est cohérent mais que cette formation soit dispensée par des collègues non formés à cette mission : c’est NON !

Le SNUipp appelle les collègues qui ne sont pas nommés sur des postes d’IPEMF à ne pas accepter de « former » des enseignants stagiaires et à l’annoncer dès maintenant même si on leur fait miroiter du temps de décharge ou une obole financière.
On ne peut pas se plaindre d’une surcharge de travail d’un côté et de l’autre côté accepter d’augmenter notre charge de travail.

On ne peut pas dénoncer les conditions de travail qui se dégradent et dans le même temps accepter de les rendre encore plus difficiles.

Séverine Tokatlian