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Le Monde. Retraites : syndicats et gouvernement jouent l’épreuve de force


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Mis en ligne ou actualisé le : jeudi 23 septembre 2010

Comme dit le dicton, chacun voit midi à sa porte.
Pour leur quatrième journée nationale d’action, depuis l’annonce de la réforme des retraites, les syndicats voulaient monter d’un cran.
Pari gagné à entendre la CGT : les 231 cortèges du 23 septembre ont rassemblé 3 millions de personnes, contre 2 735 000 le 7 septembre, soit le même record qu’en 2009 ou en 2006 lors de la contestation contre le contrat première embauche (CPE).

L’Elysée voulait faire la démonstration inverse, à savoir que l’adoption de la réforme par l’Assemblée nationale allait provoquer un reflux des opposants, comme si l’opinion s’était résignée au report de l’âge légale de départ à la retraite.
Là encore pari gagné, selon les pointeurs de la police : le nombre de manifestants a été situé juste en-dessous de la barre du million, à 997 000, soit juste en-dessous du 1 120 000 concédé le 7 septembre.

Au soir du 23 septembre, chaque camp crie victoire, un petit jeu dangereux qui ne permet pas de sortir du blocage social qui est en train de s’installer, au risque que les uns s’illusionnent sur la montée de la contestation et que d’autres s’imaginent, comme on le dit à l’Elysée, que les Français « adhérent davantage à la réforme » quand toutes les enquêtes d’opinion montrent qu’ils continuent à y être majoritairement hostiles.

GUERRE DES CHIFFRES OU MAUVAISE FOI ?
Il sera difficile de faire, une fois encore, la vérité des chiffres, mais il semble bien, selon plusieurs responsables syndicaux, que la mobilisation a été au moins égale à celle du 7 septembre, voire légèrement supérieure.
Plus prudente que la CGT, la CFDT avance le chiffre de 2,9 millions de manifestants.

Plus que jamais, les écarts de chiffres entre la police et les syndicats sont tellement énormes qu’ils rendent ceux de la première peu vraisemblables.
A Paris, la CGT avance le chiffre de 300 000 manifestants (30 000 de plus que le 7 septembre) quand la police parle de 65 000 (15 000 de moins).
A Bordeaux, les syndicats annoncent 120 000 participants et la police 37 000.
A Marseille l’écart est même de 1 à 10 : 220 000 contre… 22 000 !

Il est probable que les manifestants du 23 septembre ne sont pas les mêmes que ceux du 7 mais cela ne signifie pas que ceux qui ne se sont pas déplacés cette fois, alors que d’autres faisaient l’inverse, aient subitement adhéré à la réforme.

MOINS DE GRÉVISTES, MAIS PLUS DE JEUNES
La nouveauté, pour cette quatrième journée, c’est qu’on a remarqué une présence beaucoup plus importante des étudiants et des lycéens, relevée par l’Unef mais aussi par des dirigeants patronaux, dans les cortèges.
« Le gouvernement n’aime pas voir la jeunesse dans la rue », a souligné Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de FO, en faisant allusion, même si la présence des jeunes n’a pas la même ampleur, à la fronde (victorieuse) contre le CPE en 2006.

Les deux camps n’ont pas chaussé les mêmes lunettes pour observer le 23 septembre mais ils se retrouvent d’accord sur un point : il y a eu moins de grévistes que le 7 septembre.
Partout les chiffres avancés par les directions sont en baisse : 21,44 % dans la fonction publique (6 points de moins) ; 25,8 % dans l’éducation nationale (contre 28,2%) ; 18,05 % à La Poste (contre 22 %) ; 16 % à la RATP (- 6 points) ; 37,06 % à la SNCF (- 6 points).

Les syndicats publient des chiffres plus élevés mais qui indiquent aussi un fléchissement.
Un constat qui rejoint ce que déclarait Bernard Thibault, jeudi matin sur Canal Plus : "D’autres participants à la journée du 7 nous disent ’aujourd’hui je vais avoir du mal à faire une autre journée de grève’.
Mais ils n’ont pas changé d’avis sur la nocivité de cette réforme".

DES CONCESSIONS RESTENT PEU PROBABLES
Alors que le débat sur le projet de loi de réforme des retraites doit débuter le 5 octobre au Sénat, où son président, Gérard Larcher, avait fait des ouvertures, l’intersyndicale CGT-CFDT-FO-CFTC-CFECGC-UNSA-FSU-Solidaires se réunit vendredi 24 septembre pour décider de nouvelles initiatives.

Le fait que l’Elysée ait choisi de minimiser la journée du 23 septembre signifie clairement que de nouvelles concessions susceptibles d’être accueillies favorablement par les syndicats sont peu vraisemblables.
Nicolas Sarkozy semble convaincu qu’il sortira gagnant de cette épreuve de force, ramenée au rang d’un rituel syndical inévitable face à toute réforme d’importante.

http://www.lemonde.fr/politique/art...