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Formation continue : de Charybde en Scylla


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Mis en ligne ou actualisé le : vendredi 12 janvier 2018

Depuis plus de 10 ans, nous assistons à la déchéance de la formation continue pour les enseignant·es du 1er degré.

Mais que s’est-il passé ?

À l’époque, la formation continue composée de stages longs était étroitement liée à la formation initiale des professeurs des écoles, puisque les stagiaires de l’IUFM prenaient en charge la classe d’un titulaire pendant 3 semaines ou plus… qui pouvait alors partir en stage.

La formation professionnelle initiale des enseignant-es ayant été déléguée aux universités, les stages longs ont disparu et laissé la place à une prise en responsabilité de la classe tout au long de l’année scolaire par les fonctionnaires stagiaires.
Les enseignants titulaires ont alors subi une diminution progressive de l’offre de formation, à l’exception des stages à public désigné que l’administration doit réglementairement organiser (par exemple la formation des directeurs-trices d’école).

Et maintenant ?

La formation continue se réduit aujourd’hui à peau de chagrin pour les stages ouverts à tou·tes.
Les stages à candidature individuelle proposés cette année représentent 6,5 jours au total… soit pour chaque enseignant retenu une moyenne d’un jour de formation sur l’année ! D’après l’administration, la faute au manque de remplaçant·es et au manque de candidat·es…

Force est de constater que toutes les places proposées ne sont pas pourvues. Pourquoi ?
Peut-être que les thèmes proposés n’intéressent pas, ou en tous cas ne constituent pas une priorité pour les collègues qui souhaitent se former ?
Peut-être qu’avoir une journée, voire une demi-journée de stage n’est pas attractif ?
Peut-être aussi que septembre n’est pas le meilleur moment pour s’inscrire via l’application GAIA qui ne fait rien pour faciliter les candidatures…

Formation continue, le retour ?

Ne vous inquiétez pas, cette année, nous aurons toutes et tous une formation continue ! (sic) L’administration a-t-elle recruté massivement des remplaçant·es ? La formation initiale a-t-elle été modifiée pour permettre le retour des stages longs ?
Que nenni… Alors comment cela est-il possible ?

Dorénavant, l’administration intègre les animations pédagogiques à la formation continue. La machine est en route : l’inscription aux animations pédagogiques a eu lieu via GAIA (même procédure que pour les stages de formation continue), les animations pédagogiques ont intégré le « plan de formation départemental »…

Pour le SNUipp-FSU47, ce tour de passe-passe permet uniquement à l’IA de pouvoir annoncer qu’il forme ses personnels, tout cela sans « consommer » les moyens de remplacement.
Mais de qui se moque-t-on ? C’est une annonce tant démagogique qu’économique. D’autant plus que le développement de l’application M@gistère permet encore des économies sur les frais de déplacement et sur les intervenants… mais pas sur notre temps personnel...

Autre fait inquiétant : l’administration relaye allègrement depuis la rentrée l’offre de formation de Canopé via le courrier officiel des écoles.
Sa position est très ambiguë sur ce sujet : ces formations, qui peuvent intéresser les collègues, se déroulent sur le temps personnel et la hiérarchie refuse de les intégrer au plan de formation départemental. Pourquoi ? Une question de qualité ?
Alors pourquoi l’Administration en fait-elle la publicité ?

Le SNUipp-FSU47 considère que c’est un premier pas vers une externalisation de la formation professionnelle, et une tentative pour amener les collègues à intégrer le fait que la formation doit se dérouler sur le temps personnel et se base sur le volontariat… _ Nous serions tou·tes choqué-es qu’un salarié du privé doive suivre une formation pendant son temps libre, pourquoi l’accepterions-nous pour nous-même ?

Alors que la nécessité d’une formation de qualité tout au long de la carrière est reconnue par la recherche pour permettre aux enseignant-es d’acquérir des connaissances et des compétences professionnelles en lien avec la classe, à l’heure où les comparaisons internationales égratignent le système éducatif français, comment ne pas voir l’importance de la formation continue pour les enseignant-es ?

Comment ne pas voir la nécessité de proposer une formation riche, organisée par l’État pour ses personnels ?

Il est temps que le ministère mette en place une formation sérieuse pour ses agents, tout au long de la carrière.

Anne-Laure Pujos