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Journal du confinement


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Mis en ligne ou actualisé le : samedi 28 mars 2020

Le SNUipp-FSU 47 publie le « Journal du confinement » basé sur vos témoignages.

Voir le formulaire pour témoigner : Appel à témoignages

L’objectif est de garder les traces du quotidien du confinement, de la « continuité » pédagogique, de la solidarité avec les soignants : vos difficultés, vos errements, les injonctions, les outils numériques, les conséquences inattendues, la solidarité, les relations avec les élèves, les parents, voire au sein de sa cellule familiale...

Tous ces petits riens qui seront vite oubliés dans un avenir proche, aussi bien par notre hiérarchie que nos gouvernants. Tous ces petits riens qui participent tous à la vision collective de notre métier.

28/03/20

Je cours comme Stromae !
Depuis jeudi, date d’annonce de la fermeture des écoles, je n’ai pas couru... J’ai sprinté. Comme un hamster dans sa roue, dès le vendredi, au milieu de tous les mails et injonctions, j’ai couru pour finir par revenir au point de départ. Franchement, je n’étais pas prêt.
Pas prêt à partir de la classe. Pas prêt à recevoir des SMS le dimanche soir de la part du rectorat. Et pourtant, j’ai tout fait comme on me l’a demandé en trébuchant certes mais sans me résigner, sans m’arrêter de courir. Je suis prof, donc j’ai les symptômes du bon élève ou de celui qui essaie de l’être. Bref, la semaine dernière et celle d’avant j’ai sprinté.
Il a fallu s’adapter, courir à gauche et à droite, car visiblement il n’y avait pas que moi qui n’étais pas prêt ou je dirai plutôt que les enseignants se sont vite avoués qu’ils n’étaient pas prêts contrairement à la communication ministérielle aveugle, obnubiler par le rendement et la performance.
J’en arrive à me fatiguer. Qu’est-ce que je fous à vouloir créer ! Je ne parle pas des enregistrements audios pour que les CM fassent les dictées en autonomie. Non, je parle de la maladie du « plaisir des élèves et des parents » qui me touche.
Je fais en sorte que les parents n’aient rien à imprimer, que les élèves fassent le maximum du travail par écrit et non sur ordi ou à faire des fiches. Je fais en sorte d’être à leur écoute, à l’écoute des élèves. Sincèrement, je me fatigue !
Cette voix qui me pousse à courir - parfois plus pour plaire qu’à faire plaisir - à combler le vide, à y courir dedans. Sincèrement, je m’use.
Usure de vouloir trop bien faire. Usure de devoir s’adapter, d’essayer de s’y retrouver.
Usure des sms du rectorat le dimanche après-midi ou en soirée.
Usure d’entendre des mensonges gouvernementaux.
Usure de sprinter alors qu’on est parti sur un marathon. J’étais en colère. En fait, je suis en colère. Je n’évoquerai pas la politique je serai insultant et je ne suis pas Sibeth.
Par contre, ce que je souhaite souligner, comme un signe du temps actuels, ce sont les remerciements quotidiens, hebdomadaires, des principaux intéressés : les parents et les élèves. L’invisible devient visible. Là est ma récompense de cette course d’usure, celle qui me pousse après un week-end à respirer, à repartir sur la piste.
GA
Bonjour, 2 semaines que nous avons quitté nos écoles.
2 semaines que nous découvrons une nouvelle manière de faire notre métier alors que, par manque de formation continue, nous n’y sommes pas formés ou nous sommes formés tout seul.
2 semaines que nous restons les bras ballants devant les erreurs 404, 540 et autre rupture de SMTP, après avoir préparé le travail, rédigé les réponses personnalisées.
Mais le gouvernement se met en quatre pour nous distraire, surtout Sibeth. Ah ! Nous devons remercier Sibeth, car grâce à son ignorance crasse du monde enseignant, elle a obligé Blanquer à sortir de son sommeil post-chloroquine.
« Oh, M’sieur le Ministre, ya S’beth qu’en a sorti une bien bonne, faut vous réveiller parce que là, elle va nous mettre toute la profession en grève virtuelle, ouech ! » « Ronflll, hein ? Je dors pas, je réfléchissais !
Allez le stagiaire volontaire, éléments de langage, on va leur dire qu’on les kiffe nos troupes ! » Ils parlent comme ça là haut, parce que c’est la guerre...
Et on a reçu la plus belle lettre d’amour depuis le départ de Benoît Hamon notre éphémère ministre de deux mois. Si, si, je vous l’assure, Une lettre d’amour ! Bon c’est vrai ce n’est pas lui qui l’a écrite de sa belle main blanche, mais j’aime à croire que la potion a été difficile à avaler pour Blanquer qui d’habitude nous méprise.
Et vous allez voir que nos sous-chefs vont lui emboîter le pas et nous dire qu’ils nous aiment, vive le service public, vive la France !
D’un autre côté, ce même gouvernement prépare des lois pour pouvoir exploiter encore plus les petites mains de la croissance qui arrive : il n’y a pas de temps à perdre pour les saloperies et la régression sociale sur le dos des « héros » de la santé et de l’économie capitaliste.
Bon, profitons tout de même de ces évènements tragi-comiques pour lire et relire Astérix et Obélix en hommage à Uderzo (et Goscinny), écouter et réécouter Manu Dibango pour honorer ce grand et merveilleux saxophoniste.
MT