Pour la première fois, le Ministère publie des projections d’effectifs d’élèves pour les 10 prochaines année. Une baisse estimée à 933 000 élèves pour le premier degré. Au delà de la question de la fiabilité de ce type de prévision sur un temps long, les conséquences risquent néanmoins d’être majeures pour les conditions d’apprentissage des élèves, les conditions de travail pour les enseignant·es, et pour le maillage territorial.
Dans ce chapitre, le terme « effectifs » concerne les effectifs d’élèves.
Évolution des effectifs, 1er degré et 2d degré :
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Évolution pour l’académie de Bordeaux :
1er degré public
Effectif 2025
Effectif 2035
Évolution
%
Dordogne
26 373
22 370
-4 003
-15,18 %
Gironde
130 204
113 221
-16 983
-13,04 %
Landes
30 418
27 294
-3 124
-10,27 %
Lot-et-Garonne
23 460
19 046
-4 414
-18,82 %
Pyrénées-Atlantiques
40 350
36 455
-3 895
-9,65 %
TOTAL
250 805
218 386
-32 419
-12,93 %
Évolution des effectifs du 1er degré public par départements (scénario intermédiaire) : D’ici 2035, la perte moyenne nationale est de 15,46 % :
13 départements auront perdu de 4 à 10 % de leur effectif.
73 départements auront perdu de 10 à 20 % de leur effectif.
15 départements auront perdu de 20 à 29 % de leur effectif.
Analyse
1. Une baisse structurelle et rapide des effectifs du premier degré
Les projections de la DEPP confirment l’inscription du système éducatif dans une dynamique démographique durablement orientée à la baisse, liée à la diminution des naissances observée depuis le début des années 2010 et accentuée récemment. À la rentrée 2026, les effectifs du premier degré s’établissent à 6,02 millions d’élèves, soit une baisse de 125 400 élèves (-2,0 %) par rapport à 2025 (6,15 millions). Cette diminution s’inscrit dans une trajectoire de long terme : les effectifs devraient descendre à 5,22 millions d’élèves en 2035, soit une perte de 933 000 élèves (-15,2 %). La période 2026-2028 concentre la phase la plus rapide de décroissance, avec une baisse attendue de 373 400 élèves en trois ans, traduisant un écart croissant entre les générations entrantes et sortantes.
2. Une évolution différenciée entre préélémentaire et élémentaire
L’analyse par niveau met en évidence des dynamiques distinctes. Dans le préélémentaire, les effectifs diminuent de 57 300 élèves (-2,6 %) à la rentrée 2026, soit la baisse la plus marquée en proportion. Celle-ci est principalement liée à la forte diminution du nombre d’enfants de trois ans entrant en petite section. En revanche, les effectifs des enfants de cinq ans ou plus progressent légèrement (+6 400 élèves, soit +0,9 %), en raison d’un effet de structure démographique. Dans l’élémentaire, la baisse atteint 68 500 élèves (-1,8 %). Elle est plus importante en volume mais moins forte en proportion, et concerne particulièrement les niveaux CP, CM1 et CM2. Ainsi, le préélémentaire apparaît comme le niveau le plus directement impacté par la baisse des naissances, tandis que l’élémentaire enregistre une diminution plus progressive liée à la propagation des cohortes moins nombreuses.
3. Une dynamique inverse dans les dispositifs d’école inclusive
Parallèlement à la baisse globale des effectifs, les dispositifs d’inclusion scolaire connaissent une évolution opposée. À la rentrée 2026, les effectifs concernés augmentent de 2,2 %, confirmant une tendance continue à la hausse. Cette évolution traduit une transformation « qualitative » du public scolaire. Il en résulte un effet de ciseaux :
diminution du nombre total d’élèves,
augmentation de la proportion d’élèves à besoins éducatifs particuliers.
La baisse des effectifs globaux ne s’accompagne donc pas d’une diminution des besoins, mais au contraire d’une intensification des exigences en matière d’individualisation et d’accompagnement. Dans le préélémentaire, cette dynamique est particulièrement significative. L’école maternelle constitue un lieu central de repérage précoce des difficultés (langage, développement, comportement) et d’entrée dans les dispositifs d’accompagnement.
4. Des disparités territoriales marquées, révélatrices d’enjeux de ruralité
La note de la DEPP met en évidence des évolutions contrastées selon les académies et les départements. Dans le premier degré, les baisses les plus importantes concernent l’Académie de Paris (-29,3 %), l’Académie de Nancy-Metz (-22,1 %) et l’Académie de Lille (-20,7 %). À l’échelle départementale, les reculs les plus marqués sont observés notamment dans la Meuse, la Meurthe-et-Moselle et les Ardennes. À l’inverse, certaines académies comme celles de Nice ou de Lyon connaissent des baisses plus modérées (entre –11,6 % et –16,2 %), avec toutefois de fortes disparités internes. Dans le second degré, la baisse concerne la quasi-totalité des académies, particulièrement dans le nord et l’est (Lille, Reims, Dijon), tandis que des académies comme celles de Versailles ou de Créteil sont relativement moins touchées.
Ces évolutions traduisent des dynamiques territoriales différenciées, largement liées aux caractéristiques démographiques locales. Les territoires ruraux ou en déclin démographique apparaissent particulièrement exposés, ce qui pose la question du maintien d’une offre éducative équilibrée sur l’ensemble du territoire.
5. Analyse des enjeux : tensions entre baisse démographique et besoins éducatifs
Plusieurs tensions structurantes peuvent être identifiées.
5.1. Une baisse démographique susceptible d’être utilisée comme variable d’ajustement La diminution des effectifs pourrait constituer un levier pour améliorer les conditions d’enseignement, notamment par la réduction des tailles de classes. Toutefois, elle peut également être mobilisée dans une logique de rationalisation budgétaire, conduisant à des suppressions de postes, à des fermetures de classes, voire d’écoles. Une telle orientation neutraliserait les effets positifs attendus de la baisse démographique.
5.2. Une école inclusive en expansion mais insuffisamment accompagnée L’augmentation des effectifs dans les dispositifs d’inclusion (+2,2 %) souligne une transformation des besoins éducatifs. Cette évolution ne s’accompagne pas souvent des moyens nécessaires, qu’il s’agisse :
du nombre d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH),
de la formation des enseignant-es,
ou du développement de dispositifs spécialisés.
5.3. Le rôle stratégique du préélémentaire Malgré la baisse de ses effectifs, le préélémentaire conserve un rôle déterminant dans la prévention des difficultés scolaires et dans la mise en œuvre de l’école inclusive. Il constitue un levier essentiel pour la réduction des inégalités et l’accompagnement précoce des élèves. Dans ce contexte, une réduction des moyens dans ce secteur apparaîtrait en contradiction avec les objectifs éducatifs affichés.
5.4. Des enjeux accrus pour les territoires ruraux Les territoires les plus touchés par la baisse démographique sont souvent des espaces ruraux ou faiblement densifiés. Se pose donc la question de l’équité territoriale et du maintien d’un service public d’éducation accessible et de qualité. Dans ces zones, la diminution des effectifs peut se traduire par :
des fermetures de classes ou d’écoles,
un allongement des temps de transport,
une fragilisation du tissu éducatif local.
Arguments
La rentrée 2026 s’inscrit dans une phase de baisse rapide des effectifs du premier degré, particulièrement marquée dans le préélémentaire. Cette évolution, appelée à se poursuivre, modifie en profondeur le contexte de fonctionnement du système éducatif. Parallèlement, la progression des besoins liés à l’école inclusive introduit une complexification des situations pédagogiques et organisationnelles. L’enjeu central réside dans la capacité à transformer la baisse démographique en levier d’amélioration du service public d’éducation, en particulier dans le préélémentaire, tout en répondant aux besoins croissants liés à l’inclusion et en garantissant l’équité territoriale, notamment dans les espaces ruraux.