Aux cinq années d’exercice de Jean-Michel Blanquer ont succédé six ministres de l’Éducation en moins de trois ans. Cette instabilité n’a pas fait dévier l’orientation de la politique éducative depuis 2017. Au contraire, les évaluations nationales standardisées se sont généralisées et une véritable refonte des programmes s’est effectuée.
Cycle 1
Les nouveaux programmes de maternelle, tant par leur structuration que par leur contenu, transforment en profondeur la spécificité de la construction des apprentissages de l’école maternelle.
Dans ces nouveaux programmes, l’enfant est perçu comme un vase vide, sans connaissances,. Les apprentissages pour « devenir élève » pourtant indispensables, notamment pour les enfants provenant de familles socialement éloignées de la culture scolaire, disparaissent.
Réduits à un empilement d’objectifs et d’apprentissages technicistes voire mécaniques dénués de cohérence et donc de sens, les apprentissages visés ignorent la façon dont apprennent les enfants de 3 à 6 ans. Le jeu notamment n’y a plus qu’une place très réduite : le jeu libre pour essayer, tester, échanger avec ses pairs est invisibilisé.
Les pratiques enseignantes ainsi que le rythme et les activités pour apprendre sont détaillés au point de priver les PE de la conception de leurs enseignements.
Obnubilés par l’exclusive préparation du CP et des items des évaluations, les programmes 2025 ignorent les différences de rythme d’acquisition entre élèves et la nécessaire acculturation à l’univers scolaire. Ils accentuent l’amoindrissement de la place du langage, multiplient les entrées précoces dans des formes scolaires et élémentarisent la maternelle, enracinant et accélérant ainsi les inégalités.
En 4 pages : l’école maternelle altérée
Cycle 2
Contrastant avec les processus d’élaboration de 2015, la rédaction de nouveaux programmes en 2024 a été expédiée en quelques mois sans consultation. La ligne est donnée par le Conseil scientifique de l’Éducation nationale (CSEN) partial porteur de choix idéologiques qui ont abîmé l’école dans les pays anglo-saxons depuis 30 ans, en resserrant les enseignements sur ce qui est quantifiable et mesurable.
Écrits dans cet esprit, les nouveaux programmes ont reçu un vote en contre quasi unanime par l’ensemble de la communauté éducative. , lors du Conseil Supérieur de l’Education où ils ont été présentés pour avis.
En effet, leur structuration autour d’indicateurs chiffrés vise un formatage des élèves et dessaisit les PE de la conception de leurs enseignements au profit d’une forme scolaire qui prive les apprentissages de sens.
Malgré cette opposition,ils ont été publiés, entre deux changements de ministre, et entrent en application à la rentrée 2025.