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Evaluations d’école : trop de pressions
Audience intersyndicale au ministère et demande au DASEN
 Mis en ligne en juin 2022
 Modifié le 21 décembre 2023
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Dans le Lot-et-Garonne, l’intersyndicale à adressé un demande d’audience au DASEN le 18 décembre sur ce dossier.
Reçues en urgence en audience intersyndicale au ministère, les organisations syndicales ont unanimement rappelé leur opposition aux évaluations d’école.


Les évaluations d’école en Lot-et-Garonne

Décembre 2023

Le 30 novembre, l’intersyndicale de Lot-et-Garonne a diffusé un communiqué de presse au sujet des évaluations d’écoles. Le 18 décembre, elle a adressé au DASEN une demande d’audience relative à ce sujet.

Au niveau national, suite à sa demande en urgence, l’intersyndicale a été reçue le 13 décembre au Ministère de l’Éducation nationale en présence de la conseillère sociale et la conseillère pédagogique auprès du Ministre
et du secrétaire général et un expert du Conseil d’Évaluation de l’École.

Ces évaluations sont complètement hors sol dans le contexte de fonctionnement des écoles pour les raisons suivantes :

  • Ce dispositif s’inscrit dans le cadre de la loi Blanquer dite “pour une école de la confiance”, qui a été combattue par l’ensemble de la communauté éducative.
  • Il est demandé aux équipes de s’auto évaluer alors que la réalité vécue dans les écoles n’a jamais été aussi complexe : dégradation des conditions de travail, suppressions massives de postes, difficultés de remplacement, déficit de formation, non application de nombreuses notifications MDPH…
  • La mise en œuvre s’effectue de façon contrainte par la hiérarchie au mépris des obligations réglementaires de service des personnels alors que les 108h débordent déjà. Les animations pédagogiques doivent rester un temps de formation.
  • Un impact particulièrement lourd pour la direction d’école, qui n’a pas le temps, alors que tout le monde s’accorde au contraire sur le constat de surcharge et la nécessité d’allègement des tâches. Contrairement au diagnostic du projet d’école qui est un travail collectif de la responsabilité du conseil des maitresses, la rédaction d’un rapport d’auto-évaluation n’entre pas dans les missions des directeurtrices.
  • Ces évaluations d’école sont vécues comme des inspections d’équipe, voire individuelles.
  • La plupart du temps, le diagnostic posé par l’équipe et les leviers identifiés se heurtent à un manque de moyens pour l’école (effectifs, RASED, AESH, formation…).
  • Les équipes d’écoles demandent du temps pour travailler ensemble et analyser le fonctionnement de l’école. Le projet d’école doit être le résultat d’un travail collectif, mais pas d’une évaluation qui dépossède les enseignant.es de leur métier.
    Les organisations syndicales FSU-SNUipp, SNUDI-FO, CGT Educ’action, SUD éducation et SNALC ont réaffirmé leur demande immédiate que les évaluations d’école s’effectuent uniquement sur la base du volontariat, sans aucune pression.

Le ministère admet que « Les évaluations d’école percutent le quotidien des écoles » et reconnaît l’aspect chronophage mais il propose de prendre sur les 108 heures et de “lisser ce temps sur les 5 ans”, il a rappelé le cadre légal et réglementaire qui, selon elles, ne permet pas de rendre ces évaluations facultatives..

Le ministère comme le CEE ont montré une méconnaissance du quotidien des écoles, des obligations règlementaires de service des enseignantes et des besoins des équipes.

Les organisations syndicales ont rappelé leur exigence d’abandon des évaluations d’école, et qu’en tout état de cause, celles-ci s’organisent sur la base du volontariat, en cohérence avec le cadre posé par le CEE : « L’adhésion de l’ensemble de la communauté éducative […] à la démarche d’évaluation de l’école est une condition de réussite en même temps qu’un objectif ». Il s’agit d’une décision du Ministre car la réglementation actuelle le permet tout à fait, les modalités d’organisation ne relevant pas d’une loi ou d’un décret.

Pour les organisations syndicales, la réponse des représentants du ministre, qui indiquent que les évaluations d’école doivent être effectuées dans le cadre des 108 heures annualisées n’est ni tenable, ni acceptable et ne peut conduire qu’à augmenter la charge de travail des personnels voire à réduire leur temps de formation. Les organisations syndicales attendent désormais des réponses rapides et précises du ministre.

Rentrée 2023

Au niveau du ministère des organisations syndicales portent la demande d’abandon.
Au niveau du département, outre la demande d’abandon, la FSU-SNUipp47 conseille et accompagne les écoles qui ne souhaitent pas s’y engager afin d’éviter les problèmes et de revendiquer des conditions de travail correctes.
Lors des CSA de rentrée, le DASEN s’est engagé à prendre en compte les contextes des écoles pour retarder le processus d’évaluation si les conditions n’étaient pas réunies : remplacement, changement des enseignantes, etc.
Il apparait que certaines équipes s’étant engagées dans un refus subissent des pressions.
En conséquence, une intersyndicale CGT Educ’action, FSU-SNUipp47 et SNUDI-FO publie le courrier intersyndical ci-dessous et s’engage à rencontrer le DASEN pour exposer nos revendications.

Rentrée 2022

La FSU SNUipp47 a initié une intersyndicale et rencontre avec la FCPE pour réagir en CDEN et auprès du DASEN.
Une motion a été votée en CDEN.

Motion unitaire CDEN 14/11/22 - Évaluations d’école


Devant l’absence de réponse du DASEN : « Je ne ferai pas de commentaire. », les organisations se sont retrouvées et ont envoyé un courrier au DASEN. Selon le type de réponse que nous fera (ou pas) le DASEN, nous déciderons des suites d’action.

Le 08 septembre 2022, le ministère annonce le report des évaluations d’écoles à après décembre. Cela ne s’est pas concrétisé dans les faits puisque les réunions d’informations ont commencé.
Les IEN ont annoncé aux écoles « choisies » qu’elles seraient dans la première vague.
Ce n’est pas une fatalité, on peut ne pas entrer dans ce dispositif :
- Prendre le temps de s’informer auprès de la FSU-SNUipp47, en lisant, par téléphone, par visio, en demandant une visite dans l’école, etc.
- Ne pas se laisser impressionner par l’IEN car on peut refuser : voir la motion de conseil des maîtres ci-dessous, à transmettre en copie à la FSU-SNUipp47.
- Ne pas se laisser impressionner par l’argument : "Vous êtes inscrites aux formations "évaluations" donc vous êtes obligées de participer. L’administration peut très bien, à tout moment changer cela. Vu le nombre des modifications que nous subissons, c’est faisable.
- Ne pas se laisser abuser par la propagande de certaines dirlos de l’expérimentation de 2021-2022 car les retours ne sont pas du tout les mêmes selon qui en parle : "Chronophage, source de conflits avec les familles et les collectivités locales, entretiens éprouvants avec certains visiteurs externes à l’affut de ce qui peut créer des tensions, non-prise en compte des demandes de modifications du rapport, très peu d’apport réel pour l’analyse et la remédiation, etc"
La FSU-SNUipp47 construit une réponse collective pour soutenir les collègues qui refusent ce dispositif dangereux pour la professionnalité de nos métiers vis-à-vis des familles et des collectivités locales, pour le climat scolaire, pour le respect de nos droits et prérogatives par la hiérarchie. Voir les documents "Motion unitaire" et "Courrier au DASEN".
A noter que l’IA a refusé en CTSD, de fournir aux représentantes des personnels la liste des écoles concernées en arguant que "cela ne nous regardait pas (sic !)". Belle illustration de la "confiance" en l’école !

Donc, en résumé :
- ces évaluations d’écoles ne sont que pour les écoles volontaires.
- l’objectif annoncé de 20% d’écoles par an, afin que toutes les écoles soient évaluées en cinq ans, n’est plus d’actualité.
- il suffit d’envoyer un mail à l’IEN signalant que l’école n’est pas volontaire pour que l’on ne soit pas concerné par cette évaluation.

Ces informations sont issues de consignes du Ministère de l’Éducation nationale, appliquées dans certains départements. Si on vous laissait entendre qu’il est obligatoire de participer à ces évaluations d’écoles, n’hésitez pas à nous contacter afin que nous puissions intervenir et rappeler le principe du volontariat.

Donc, si vous ne voyez dans ces évaluations que du temps perdu, puisque nous savons tous ce qui est nécessaire pour améliorer le fonctionnement de l’école, un risque de mise en concurrence des écoles, une ingérence de la hiérarchie dans la liberté pédagogique des enseignants, n’hésitez plus à refuser.

Évaluation d’école : « tresser la corde pour se faire pendre ? »

Une expérimentation de l’évaluation des écoles a débuté en septembre 2021 dans toute la France et la généralisation est en cours à partir de la rentrée 2022, sans évaluation bien sûr. Cet audit modifie complètement la logique de réflexion collective au service de la pression managériale.
La procédure-type c’est :

  • d’abord un questionnaire orienté à remplir par les dirlos,
  • puis une visite d’école avec des entretiens par un « supérieur hiérarchique non hiérarchique (sic) » (en fait une IEN d’une autre circo ou d’un autre département - comme si cela garantissait la neutralité et la confidentialité !),
  • puis l’établissement d’un questionnaire à destination des parents et des élèves (soit-disant à l’initiative des équipes mais avec une trame générale nationale - évaluer les attitudes et pratiques des enseignantes : un vieux rêve de certaines familles et élèves.),
  • enfin une « concertation » entre les enseignantes et l’IEN autour du pré-rapport établi avant (parait-il qu’il y a moyen de faire modifier des éléments – on y croit bien sûr !).
  • Et tout ceci servira à établir le projet d’école pour 5 ans et donc il y aura liaison d’informations avec les collectivités locales.
Un collègue, embarqué malgré lui dans ce dispositif par une directrice enthousiaste, en a tiré le titre de cet article. Merci à lui, c’est tellement vrai !

Chaque école devra être évaluée au minimum tous les 5 ans. Nouvelle injonction hiérarchique qui alourdit la charge de travail, absence de temps dédié pour s’y consacrer, utilisation des évaluations nationales tant décriées comme indicateur : les inquiétudes sont nombreuses quant à la mise en œuvre de cette démarche.
D’autre part, la part importante qu’a eue cette année ce dispositif dans les moyens de remplacement du département, alors que les écoles étaient sous l’eau, doit nous alerter. Remplacer tous les personnels enseignant d’une école pour cela, c’est afficher à la fois son mépris pour la réalité de la vie des écoles et l’importance que ce dispositif a dans la politique manageriale du gouvernement.

Des heures de formation continue ont été mobilisées pour les enseignantes ; donc déjà que la formation continue était réduite à peau de chagrin, là on atteint les sommets du mépris.
Certaines enseignantes apprécient de disposer de ce temps de réflexion et de recul sur ses pratiques professionnelles ; mais rappelons-nous que ce temps existait dans les conseils de maîtres, les projets d’écoles, avant que ces moments soient phagocytés par des injonctions administratives et des tableurs à remplir à tout bout de champ, et lorsqu’il existait de vraies possibilités de stages.
Ce constat de surcharge de temps de travail est d’ailleurs partagé par le Conseil d’Évaluation de l’École.
Autre point problématique : l’utilisation d’un questionnaire « de satisfaction » auprès des parents et des élèves pourrait les amener à évaluer les attitudes et pratiques des enseignantes.
Le dialogue nécessaire et la reconnaissance de la professionnalité des enseignantes n’ont rien à y gagner. Mais ce ministère a besoin que nous soyons en pression, sur la défensive pour être obéissantes à des ordres indus.

Enfin, faire retomber les difficultés d’une école sur les pratiques des collègues, c’est clairement exonérer le ministère (et ses rouages hiérarchiques ou opportunistes) du saccage qu’il nous a infligé : moyens insuffisants, injonctions pédagogiques réactionnaires, gestion DRH inhumaine, campagne de dénigrement de nos savoirs-faire, etc.

En conséquence la FSU-SNUipp a, depuis le début de cette affaire, alerté les collègues sur les dangers, appuyé les refus de participation et enclenché une réponse intersyndicale ; à la rentrée 2022, il conviendra de bâtir une riposte collective à ce dévoiement de la concertation entre paires afin d’améliorer le fonctionnement des écoles au service de la réussite des élèves et de l’amélioration des conditions de travail.

Motion de conseil des maîtresses sur les évaluations d’école

Nous, enseignantes et enseignants de l’école …….., réunies en conseil des maîtresses le ……………. souhaitons faire part de nos remarques et inquiétudes concernant la mise en place des évaluations d’école.

Tout d’abord, le lien très fort entre les conclusions du rapport d’évaluation et le projet d’école nous inquiète fortement et nous laisse craindre de nous voir imposer des axes de travail que nous ne jugeons pas forcément prioritaires au regard de notre connaissance du terrain et de notre expertise professionnelle.

Ensuite, ce nouveau dispositif lie acquisitions et résultats des élèves aux pratiques professionnelles des enseignantes et au fonctionnement de l’école. Pour nous l’évaluation des personnels doit rester de la seule compétence de notre Inspecteurtrice de l’Education Nationale.

De plus, les questionnaires distribués aux parents et aux élèves risquent de transformer le rapport entre les usageres et l’école. Pour nous, le Service Public d’Éducation a pour mission de faire progresser tous les élèves dans leurs apprentissages. Tout ce qui pourrait de près ou de loin s’apparenter à une forme de clientélisme ne peut que nuire à l’exercice de nos missions et au bon fonctionnement de notre école.

Enfin, la phase d’auto-évaluation vient considérablement alourdir la charge de travail de notre équipe et particulièrement celle de la directrice / du directeur qui se retrouve au centre d’un dispositif qui n’est souhaité par aucun d’entre nous.

Pour toutes ces raisons, nous ne souhaitons pas entrer dans ce dispositif qui ne répond en rien à nos besoins pour améliorer le fonctionnement de l’école et faire évoluer nos pratiques professionnelles.

Pour faire progresser tous nos élèves nous avons besoin :

  • De ….. classes supplémentaires pour faire baisser significativement les effectifs.
  • De personnels Éducation Nationale pour aider à la direction et au fonctionnement de l’école.
  • De plus de temps pour travailler ensemble et se former
  • De …. AESH pour répondre à toutes les notifications

Le conseil des maîtres de l’école ………..

Communiqué intersyndical :

Une intersyndicale nationale a réuni les organisations suivantes : CGT-Educ’action, SE-UNSA, SGEN-CFDT, SNALC, SNUDI-FO, SNUipp-FSU et Sud-éducation, avec pour objectif d’aboutir à une expression la plus large possible.

Toutes les OS sont signataires, à l’exception du SGEN-CFDT (qui a tiré un bilan plutôt positif de ces évaluations) et du SE-UNSA (qui a dit manquer de remontées).

À l’initiative du Conseil d’Évaluation de l’École, instance créée par la loi « pour une École de la confiance », une expérimentation d’évaluation des écoles a débuté au premier trimestre 2021, après celle instaurée dans le second degré. À compter de la rentrée 2022, le ministère prévoit la généralisation de ce dispositif, à raison de 20% des écoles par an.

Cette évaluation des écoles se fait en deux temps distincts. Une première phase, réalisée au sein même de l’école, doit permettre aux personnels, aux élèves, aux familles, aux personnels territoriaux, d’évaluer l’école et son fonctionnement. La seconde phase, à partir de la synthèse de la première phase, est une évaluation externe (par un groupe constitué par la DSDEN) qui devra contrôler les données recensées, évaluer également la situation pour produire un document évaluatif final et des recommandations à mettre en place pour « améliorer le système » …
L’objectif est bien de s’appuyer sur ces dernières afin de réécrire et réorienter le projet d’école. Nos organisations alertent sur le risque que les équipes se voient dorénavant imposer leurs axes de travail par les conclusions du rapport d’évaluation. C’est une nouvelle étape de tentative de mainmise de la hiérarchie sur les équipes, sur leur fonctionnement, sur leur expertise et professionnalité. C’est inacceptable.

Ce nouveau dispositif lie acquisitions et résultats des élèves aux pratiques professionnelles, tout en s’intéressant aux temps scolaire et périscolaire et au fonctionnement de l’école. Il ne peut ni constituer ni participer à l’évaluation des personnels, qui doit rester de la seule compétence de l’IEN.
La participation des collectivités constitue un risque d’ingérence et une nouvelle forme de territorialisation. Les questionnaires « type satisfaction » distribués aux parents et aux élèves transforment leur rapport au service public d’Éducation, rapport qui s’apparente à celui entre prestataire et un client.

Les organisations syndicales SNUipp-FSU, SNUDI-FO, CGT-Educ’action, SNALC, Sud-Éducation s’opposent au pilotage par les résultats qui ont pour conséquence la mise en concurrence des écoles. Ce dispositif vient considérablement alourdir la charge de travail des personnels des écoles, particulièrement pour les directrices et directeurs, qui se retrouvent au centre d’un dispositif qui n’est pas souhaité. Il constitue une marche supplémentaire dans la généralisation du « tout évaluation » dans l’Éducation nationale, via une évaluation et d’un contrôle plus strict des écoles. Par ailleurs, les évaluations d’école ne doivent pas être le prétexte pour instaurer la rémunération au mérite.
Pour améliorer le fonctionnement des écoles, nos organisations considèrent que le ministère devrait plutôt créer en urgence les postes nécessaires, s’assurer de recrutements en conséquence et d’un plan de titularisation des contractuels, assurer une véritable formation initiale et continue, améliorer les conditions de travail et d’étude et augmenter les salaires.
Les organisations syndicales SNUipp-FSU, SNUDI-FO, CGT-Educ’action, SNALC, Sud-Éducation soutiennent tous les personnels qui subiraient des pressions pour les contraindre à accepter les évaluations d’école et mobiliseront pour faire stopper ces pressions ou sanctions.
Les organisations syndicales SNUipp-FSU, SNUDI-FO, CGT-Educ’action, SNALC, Sud-Éducation demandent l’arrêt définitif de ces évaluations d’écoles, qui ne répondent en rien aux besoins des personnels des écoles. Il est urgent de sortir de la logique du « tout évaluation » pour reconstruire des collectifs de travail abîmés par l’autoritarisme ministériel, en leur redonnant du temps pour travailler ensemble et se former.
Paris, le 28 juin 2022

Dossier du SNUipp-FSU