Vacances apprenantes : pas les moyens !

Comment l’institution gâche du temps, de l’énergie, des compétences et de la mise en réseau et prive des élèves d’un projet intéressant et conçu par des enseignant·es.

Publication : 3 juillet 2020

Le projet école ouverte buissonnière a été publié au Courrier officiel des écoles le 10/06 avec une date butoir de dépôt du dossier complet le 18/06.
Après cette année scolaire perturbée, une équipe d’écoles de l’éducation prioritaire du Lot-et-Garonne a vu dans ce projet une possibilité d’aider leurs élèves ayant le plus besoin d’école : En 8 jours ils-elles créent de toutes pièces le projet éducatif et pédagogique, organisent les partenariats avec la municipalité et une association proche des écoles qui recrute 4 animateurs·trices.
En parallèle, les familles sont contactées, rassurées, convaincues de leur confier leurs enfants.
44 élèves fragiles, pas revenu·es en classe ou inhibé·es ou migrant·es ou à la limite du décrochage auraient pu bénéficier chacun·e de deux séjours de 5 jours/4 nuits en centre de vacances, la première et la dernière semaine des vacances.
Au programme : Activités culturelles et sportives avec dimension d’apprentissage. Tout était prêt : organisation des activités et du séjour, devis, transport, matériel, emplois du temps par coordination avec les partenaires.
Les enseignant·es (les mêmes qui ont accueilli bénévolement, pendant plusieurs semaines les enfants des soignant·es) avaient accepté d’être rémunéré·e pour 10h alors que cela représentait 17H de travail/jour.
Le projet, vivement approuvé par la hiérarchie coûtait 426,46€ par enfant.

Et puis, patatras ! Il n’y a pas assez de financement éducation nationale : on propose aux enseignant·es 6h payées pour 17h de travail et de responsabilité d’enfants ! C’est une goutte d’eau qui fait déborder le vase déjà bien rempli par tout ce qui a été porté à bout de bras sans aide du ministère.
Ils et elles refusent ces conditions et s’entendent alors reprocher de vouloir « profiter de la situation ».
Les enseignant·es n’attendent pas de médailles. Ils ne s’attendaient pas non plus à un tel mépris.

Finalement la DDSCPP récupère une partie du projet mais à 500€ par enfant et sans dimension enseignante.
Il n’y a plus aucune visibilité sur les élèves qui y participeraient, alors qu’un gros travail préalable d’analyse des besoins et de persuasion des familles avait été réalisé par les enseignant·es.

L’analyse du SNUipp-FSU47 :
- Gâchis de temps, d’énergie, de compétences et de réseau : pour la préparation de ce projet, en 8 jours, 5 enseignant·es mobilisé·es sur 78h de travail bénévole (exemple concret du travail invisible)
- Gaspillage d’argent public : + 6471,52€
- Freins institutionnels au lieu de faciliter les innovations portées par les enseignant·es, qui connaissent leurs élèves et qui connaissent leur réalité de secteur.

Les « vacances apprenantes » ne sont qu’une campagne de pub du ministère.

Ce n’est qu’un affichage, car il n’est même pas capable de s’appuyer sur les compétences et les connaissances de terrain de ses enseignant·es ; pire il décourage et freine toutes les bonnes volontés.

L’école française est sous-investie au regard de la moyenne des pays de l’OCDE. Pour le SNUipp-FSU47, aider l’école et ses élèves à reprendre sur de bonnes bases passe par de vrais moyens, par exemple financer les 50 postes qui manquent pour recréer des RASED complets dans le département, baisser les effectifs en recrutant des enseignant·es titulaires et les former, revoir les exigences des programmes pour l’an prochain, laisser tomber les évaluations nationales, etc.

Sinon c’est du pipeau.
Le secrétariat du SNUipp-FSU47
Ci-dessous l’article d’Anne Gresser, dans le Sud-Ouest suite à la conférence de presse organisée par le SNUipp-FSU47.